avr 23 2010

vers le sud

Published by Marie-Andrée under la ville

Nous quittons Istanbul par le bus dans la nuit déjà tombée. Nous longeons longuement la Marmara remplie d’une multitude de cargos de toute sorte, petits et moyens pas de super tanker dans le Bosphore. Il y a quelques années l’incendie d’un pétrolier russe menaça la ville d’une terrible catastrophe, alors à présent il y a un sens de circulation six heures dans un sens puis dans l’autre et des centaines de cargos attendant leur tour tournant sur leurs amarres au fil du vent et du courant. S’il fallait en chercher un j’imagine qu’il faudrait pointer une à une les petites taches de “google earth” et encore … Ce que nous ne verrons pas ce soir là c’est le ruban joliment coloré des milliers de tulipes en rangs (d’oignons) bien serrés sur le terre plein de l’autoroute qui mène jusqu’à l’aéroport.
Pas de touristes au domestic departures et d’ors et déjà nous nous accoutumons à être les seuls de notre race pour notre séjour dans le grand sud turc, car c’est bien l’orient qui nous attend sur cette piste d’aéroport avec un seul avion posé en sus du notre, une piste poussiéreuse, un aérogare qui rivaliserait à peine avec celui de Roanne dans sa période faste ; mais équipé de deux postes de vérification des bagages et passagers car s’il est bien une chose qui n’amuse pas les turcs c’est la sécurité, alors bon an mal an on gagne sa place dans l’avion en tachant de ne pas marcher sur ses lacets dénoués, tenant son pantalon d’une main la ceinture dans l’autre, les produits de maquillage dans le sachet de rigueur, l’ordinateur allumé puis éteint devant l’oeil consciencieux du policier de service, etc.. Rien n’échappe à leur vigilance attirée par mes jumelles. J’ai vu au moins trois personnes passer avec le policier derrière le rideau pour vérifier peut être ce qu’ils avaient dans le pantalon ou leurs prothèses métalliques. Donc s’ils ont laissé passer le gros velu c’est qu’il n’est pas dangereux malgré sa fourrure, de la moquette à poils longs. Pourtant il pourrait fort bien se muer brusquement en loup garoup pendant le vol et dévorer le pilote.
Sur les lignes de la Turkish on mange, c’est devenu exceptionnel dans notre monde easyjet et même sur les moyennes distances on a le choix entre deux menus. Incroyable.

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avr 22 2010

Et si on commençait par la fin ?

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Car Istanbul c’est Constantinople, c’est le début et la fin du voyage, alors quelques notes à la volée alors que j’avais le coeur lourd d’avoir vu repartir Benjamin dans son beau bus Havas. On dit à vache quand on cause le turc. En promenade depuis Taksim, j’ai pris tout d’abord le petit tram rétro d’Istiklal puis le tunnel et sa “ficelle” à la lyonnaise avant de traverser le pont de Galata à pied.
Ce mardi le soleil encore bien timide sort par instant des nuages gris qui masquent un ciel d’Istanbul bien boudeur alors qu’il faisait si chaud pour notre bain dans le sud moyen oriental. Assise sur un banc au pied de la “yeni camii” j’écoute les conversations sans rien comprendre sinon saisir parfois un mot qui se met à surnager tirant ça et là un petit fil de l’écheveau de la mémoire. La mienne est brouillonne comme le bruit ambiant : klaxons, moteurs, sirènes des bateaux, cris des mouettes, appels des petits vendeurs de presque rien. Confusion de sons, confusion de saveurs et d’odeurs. Les tulipes, lale, symboles de la Turquie sont à l’honneur à Istanbul, c’est la fête de la tulipe, 15.000.000 de bulbes plantés de partout par la mairie et importés de Hollande car on ne cultive plus la tulipe en quantité suffisante dans le pays. Lale, on la trouve représentée sur les faïences traditionnelles d’Iznik.
Tiens la Turquie a changé, elle ne fume plus dans les lieux publics, dans les restaurants ou hôtels. Elle fume dans la rue mais sans les attroupements que l’on voit devant les cafés en Italie par exemple. Magie d’un état policé (policier ?). peuple discipliné par la force publique, ha l’Europe certains doivent la maudire. Pauvres turcs, cette fois ne leur reste que le çay comme exutoire.
Je repars mais il me fallait bien ce temps de repos et deux çay après la visite du quartier des quincaillers, boueux, peu passionnant avec ses théories de robinets et ses cordes pour la marine, trompée par une fourbe indication lue dans le guide. J’ai rien vu et je sentais bien la curiosité des vendeurs pour cette touriste égarée dans un coin sans femmes non plus. Certes je n’étais pas à ma place et pour me consoler de ma déconvenue j’ai pris le chemin du grand bazar rêver devant les bijouteries.
Et plus tard après une rude montée dans ce quartier si populeux aux mille boutiques je repose mes pieds usés (qu’est ce que je souffre des pieds !) devant un nouveau çay, oui on risque aussi l’addiction je confirme. Que de belles occasions de dépenses pour tous les mauvais goûts. J’hésite entre un gros bracelet en argent ou un GROS pendentif. Mais je me sens épuisée d’avoir à négocier devant le vendeur qui dégaine la calculette magique, à gros chiffres, qui affiche les prix, les baisse, les change en euros pour faire croire que c’est moins cher que ce qu’on croyait.
Tiens un tout petit qui fait une belle tentative de fuite, mais il ne devrait pas hurler si fort devant son père qui s’épuise à le poursuivre. Le voilà capturé, embarqué, ficelé dans la poussette sous les rires des vendeurs. Non mais, c’est beau l’autorité paternelle, voilà la mère, le petit hurle de plus belle gigote et se débat. Il ne va se calmer qu’au sein à l’abri dans le café, chacun sa tasse de çay.
Attaque par la droite de l’Empire sous forme de trois corbeaux, mais maître yoda, tapi dans une boutique les fait s’égailler dans un grand frou frou d’ébène avec des croassements indignés.
Les pancartes d’interdiction de fumer ont fleuri comme les tulipes jusqu’au coeur du grand bazar mais dans un coin je vois bien un vieux récalcitrant qui tire sur son bout de poison.
A présent c’est un aveugle qui pousse une balance sur un chariot à roulettes, des fois que ça nous prendrait là, d’un coup, comme une urgence vitale, l’envie de savoir si on a grossi entre deux çay.
Le grand bazar scintille de mille feux. j’ai craqué. Tant pis. C’est le faste qui perdit Constantinople. Le désir et l’envie qui rongeait le coeur des barbares ont détruit la ville qui se venge en plumant les barbares.

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mar 08 2010

Segeste

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Qu’est ce qui rend la Sicile aussi fascinante ? Une conjonction de facteurs géographiques, climatiques, historiques. Deux lignes et on termine là à moins de vouloir détailler tous ces éléments en une liste exhaustive. Pourtant rien n’est dit parce que le mot fascinant outrepasse une description détachée, objective, inintéressante. Néanmoins quand le premier guide touristique de moindre qualité s’ouvre sur de petites images colorées et que sautent aux yeux les noms de Palerme, Syracuse, Etna, vallée des temples, style byzanto-normand, conjonction est ouest de Europe médiévale , l’esprit se met à vagabonder dans de vertes vallées herbeuses, rebondit sur les cascades d’oliviers aux tendres feuillage aux éclats d’argent, roule sous les feuillages sombres lisses et luisant des orangers , se vautre dans les embouchures marécageuses de ce que furent les fleuves siciliens misérables ruisseaux d’aujourd’hui. Les pluies hivernales vengent cette nature humiliée mais non brisée, les terrains s’effondrent, glissent, emportant les habitations des hommes sous l’oeil sévère jamais apaisé du volcan. Je ne connais pas encore l’Etna. Pour moi c’est toujours un mythe. J’attends cette rencontre alors qu’il ne m’attend pas lui.
Je n’ai vu qu’un tout petit bout de Sicile, du côté de la pointe ouest. Point n’est besoin de cocher site après site les émotions, les classifier mais prendre son temps, observer, juguler l’impatience dans une misérable gare routière dans l’attente d’un bus qui ne vient pas, changer de rythme de vie. Ce pourrait paraitre frustrant de se dire qu’on a pas pu faire la vallée des temples d’Agrigente, qu’on ne la connaîtra toujours que de nom, en image mais avoir pris le tortillard pour descendre dans une gare déserte, grimpé à pied le long d’une route à pas disons raisonnables, d’ailleurs emporté par l’élan au retour manqué prendre le mauvais embranchement pour se retrouver sur la bretelle d’accès à l’autoroute ; bref après une attente, de la fatigue et quelques déboires de moindre importance le spectacle d’un temple blond solitaire sur son escarpement vert coupe ce qui reste de souffle.
L’émotion était là, tapie sournoise à l’orée d’un virage.
Bien sûr je maîtrise les contraintes de mon métier de touriste : dégainer l’appareil photo, traquer la bonne lumière, l’angle favorable, engranger pour la mémoire de l’écran des instants qui seront figés mais gare à ne pas reléguer l’émotion derrière l’objectif, de toute façon comme son nom l’indique il reste en dehors du coup. Il faut apprendre à ranger l’appareil, voire subtilement à l’oublier à l’hôtel pour s’obliger à regarder, à fixer dans la mémoire les cannelures verticales de ces temps à jamais révolus. Segeste est un témoignage de l’opportunisme politique, projeté, initié en l’honneur de la déesse Athéna pour s’allier les bonnes grâces de la puissante Athènes contre , aîe, contre qui déjà ? Les cathaginois probablement qui avaient l’oeil posé sur la perle sicilienne. Les habitants de la cité de Segeste, des Elymes, peut être troyens, venus d’Asie Mineure ; ou bien ligures, celtes descendus du nord ; cherchent des alliés contre leur voisine Selinonte qui leur taille des croupières. L’alliance athénienne ne durera pas le temps d’achever le temple. Segeste n’est pas un temple en ruine mais l’ébauche d’un temple.
La cité de Segeste sera perdante au bout du compte, se fera dévorer par Syracuse, alliée à Sélinonte, aux carthaginois. Le temple sur l’escarpement témoigne paisiblement des renversements de l’histoire. Au fond de la vallée coule un de ces fleuves sicilien mutilé par les hommes. Il murmure plus qu’il ne rugit, une forêt verte épineuse méditerranéenne grimpe sur les flancs des collines, le soleil est fidèle au rendez vous. Le charme agit. Tout est réuni pour rêver. Segeste, temple qui ne servait à rien n’a pas été démonté. Bien sûr on en a pris quelques pierres et puis on l’a aussi restauré dès le XVIIIème siècle. Aujourd’hui encore il s’offre à mon admiration. Quelle chance merveilleuse !

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mar 06 2010

Marché

Published by Marie-Andrée under la ville

Après des jours d’enfermement le ciel semblait très bleu ce matin, si bleu que j’ai décidé de pointer mon nez dehors pour un petit tour au marché. Et voici avec cet avant première printanière revenir les artichauts. Des artichauts mais pas n’importe quels artichauts car j’ai découvert ici de petits artichauts affreusement piquants, agressifs voire teigneux qui tachent de préserver leur tendre primeur. Et puis j’ai aussi découvert que l’intérieur des tiges d’artichauts était plus tendre que le coeur, comme la joue du poissonnet ruisselant en est la meilleure part. Mais ceux là, les teigneux, qui bien épluchés se mangent crus avec une sauce relevée aux anchois ont des concurrents romains d’une rondeur, d’une douceur toute opposée, des romains que l’on achète juste pour le plaisir de les tenir en main. aux teintes délicates étalée sur une palette allant du gris au vert le plus profond, voire par un détour Véronèse pour les plus audacieux. Bien sûr l’artichaut de Bretagne majestueux au coeur large et généreux qui vous noie sous l’avalanche de ses feuilles dures dont on suce la base, laissant dégouliner la sauce jusqu’aux coudes règne sur la famille comme un patriarche. De celui là les vendeurs turcs remplissaient des camions et passaient dans les rues, faisant voler les feuilles avant de plonger les grands coeurs tout ronds dans des bassines d’eau citronnées.
Et voilà ! D’un artichaut l’autre se rembobine le fil de la mémoire.

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mar 06 2010

A la Scala

Published by Marie-Andrée under la ville

A la Scala il faut venir habillé, petite robe noire de préférence
A la Scala j’étais aujourd’hui tout en haut, merci les enfants pour vos jumelles
A la Scala les ouvreurs ont des chaînes sur leurs habits noirs mais ne sont pas punks pour autant
A la Scala il ne faut pas tousser, alors ce soir j’avais bu double dose de sirop, emporté des pastilles auti toux, de l’eau et des mouchoirs.
A la Scala je suis allée voir un spectacle d’opéra. Janacek avec un titre à faire froid dans le dos ; de la maison des morts d’après Dostoïevski.
A la Scala j’en ai pris plein les oreilles parce que toujours le spectacle y est magnifique. La musique était extraordinairement belle. (je m’offrirai le CD)
A la Scala on jouait ce soir le dernier opéra de Janacek. Il faut vraiment avoir du coffre pour ne pas se laisser dominer par les instruments.
A la Scala les chanteurs avaient du coffre mais pas seulement on les a même vu tout nus à un moment. il n’y a pas de voix de femmes dans cet opéra.
A la Scala pour suivre la traduction en italien ou en anglais du texte chanté en tchèque il y a de petits écrans électroniques devant chaque siège même tout en haut dans les galeries.
A la Scala on ne dit pas bravo mais Bravi ; est ce que les espagnols crient oli au lieu de olé à la vraie corrida de là bas ?
Avant la Scala moi je croyais que tous les opéras étaient sur le même modèle. J’en avais vu en Roumanie, en Bulgarie et même en Turquie mais c’était pas tout à fait pareil.
Après la Scala je bois mon cacao et je m’endors sans tousser. (ou presque)
J’ai bien envie l’an prochain de m’offrir un abonnement pour toute la saison avec mes amis du loggione, les puristes.

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mar 05 2010

8 mars 2010

Published by Marie-Andrée under la ville

Et bien vous l’aurez compris cette année la journée de la femme sera dédiée à Mathilde de Canossa ! Il en va ainsi de mes admirations, à Henri IV le teuton, au Pape Grégoire VII Je préfère la comtesse Mathilde parce que dans le monde du moyen âge, l’an mille n’était pas forcément féministe. Georges Duby a bien écrit le chevalier la femme et le prêtre mais bon la femme ce n’était surtout que la reproductrice de la mâle lignée.
Là pas de chance, des trois enfants de Boniface, marquis de Toscane, seule Mathilde passera le cap de la petite enfance. Et comme son père lui non plus ne vivra pas vieux (assassiné) c’est avec sa mère Béatrice que Mathilde va affronter son destin. D’abord elle la marie au fils de son nouvel époux, un baron lorrain pas très vaillant, bossu de surcroît qui lui donnera une fillette qui ne vivra que quelques mois. La Lorraine et Geoffroy (petit bossu et goîtreux que de charmes !) ennuient Mathilde qui retourne chez sa mère en Toscane inspecter les terres dont elle est la seule héritière. Entre Nancy et Florence, y a pas photo. On ne sait pas trop ce qu’en pense Geoffroy car de fait on s’en fiche parce que Mathilde va alors prendre les rênes et gouverner ses territoires, en renforcer la défense contre l’ennemi germanique et s’ériger en chevalier de la papauté. Comme des perles à un collier les castels vont s’ériger d’une colline l’autre, en contact visuel pour se transmettre les informations avant les moulins des chouans, le télégraphe Chappe. L’internet de l’an mil a plaisanté justement le guide.
Et puis comme elle a bel appétit Mathilde elle agrandit ses territoires. Bien sûr ce sont des années de lutte contre l’empereur où les déboires alternent aux succès (7 ans de guerre avant qu’Henri ne repasse les Alpes). Mais jamais elle ne sera brisée. Elle tentera même de se remarier avec le fils de l’un des ennemis d’Henri, nouvel échec matrimonial elle renvoie le gamin chez sa mère. Elle n’a pas besoin d’homme pour lui dicter ce qu’elle a à faire pour administrer son demi royaume qui comprend presque toute l’Italie du nord. Henri V (le successeur du IV de Canossa) finira par faire d’elle la vice-reine d’Italie lors de l’un de ces communs renversement d’alliance, de pose et de dépose de Pape. Bref une sacrée bonne femme. Sûr que son héritage avait de quoi faire saliver puisqu’elle n’avait pas d’enfant. Elle a adopté le descendant de fidèles alliés et puis finalement s’est ravisée et a tout donné à la papauté.
Reconnaissance tardive des Papes c’est le tombeau érigé par le Bernin quelques siècles plus tard. Les os de Mathilde reposent à St Pierre de Rome ce n’est que justice.

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mar 01 2010

Henri

Published by Marie-Andrée under la ville

La comtesse Mathilde est droite sur son cheval, très droite en robe rouge et fière, fière de son sang, de sa race, de sa puissance. Le cheval a la jambe droite levée pour un nouveau pas vers l’avant, vers la victoire. Est ce que Mathilde ne règne pas sur un territoire immense du lac de Garde à la douce Toscane ? Est ce que de ses châteaux de pierre dans ces Appenin qui déjà savaient résister aux romains elle n’a pas défié l’empereur Henri IV avide de mettre sous sa loi l’Italie du Nord. Elle a si bien fait obstacle à ses ambitions qu’il a dû rester trois jours aux pieds de la grande porte du château de Canossa, trois jours en sandales de cuir et en chemise à attendre le bon vouloir du Pape. Trois jours en sandales dans la neige. Il faut comprendre Henri, sa belle constance, ce devait être bien contrariant d’être excommunié dans ces temps là. Trois jours, en plein hiver, fin janvier dans les montagnes. Il fait rudement froid dans les Appenins en janvier (en février aussi je confirme). En sandales en chemise alors que le Pape Grégoire VII , ses mains gantées tendues au-dessus du braséro, se moque de le voir trembler de froid, (hé oui le guide l’a montré pas de cheminée dans ces châteaux). Sur les tableaux il reste beaucoup d’orgueil à Henri malgré sa chemise et ses sandales posées sur la pierre enneigée. Il n’a pas la mine désespérée des pénitents ordinaires, des vaincus de l’histoire. Il implore son pardon certes mais on sent bien qu’il se dit que ce n’est qu’une mauvaise potion à avaler. Il préférerait certes du bouillon chaud ou même un coup de “grappa” pour tenir là devant cette porte de bois épaisse, l’histoire ne parle pas de jeûne. Combien de fois en trois jours n’a-t-il pas dû rêver de faire sauter cette porte, jeter ses reîtres à l’intérieur pour massacrer ceux qui là dedans se rient de son impuissance et le font languir ? Ce devait être cela qui lui permettait de ne pas sentir la bise glacée des Appenins lui glacer les membres sous sa chemise, la rage, la rage pure. Pour parvenir là et contraindre le Pape à lever son excommunication Henri a déjà traversé les Alpes par le Mont Cenis en pleine hiver guidé par les montagnards dans la neige et le froid. Il n’a pas d’autre choix. Si c’est le Pape qui arrive en Allemagne il sera déposé par les princes allemands qui choisiront un autre empereur. Lors il attend et Grégoire est bien obligé de céder sachant que l’empereur aura vite fait de reprendre sa parole pour relancer cette querelle des investitures et jeter ses troupes sur l’Italie. En apparence Grégoire est le vainqueur et fera résonner jusqu’à nos jours cette humiliation du temporel devant le spirituel, on va toujours à Canossa mais au vrai ce sera insuffisant. L’humiliation d’Henri a payé quand la maudite porte de bois s’est enfin ouverte. Tant de souverains auraient pu méditer la leçon au fil des siècles, plier quand tout est contre vous, ne pas s’obstiner. Et si Napoléon avait oublié Moscou ? Il devait être plus frileux qu’Henri.

L’année qui suivra Henri ne manquera d’envoyer ses troupes infliger une leçon à l’orgueilleuse Mathilde. Mais il n’avait rien compris aux Appenins à ce qui liait Mathilde à sa terre parce que ses hommes sont alors piégés par le brouillard et rossés d’importance par ceux de Mathilde. Il y aura d’autres combats Mathilde ne sera pas toujours victorieuse mais l’histoire ne retiendra que cet épisode ; l’humiliation de Canossa.

Dehors Henri ses cheveux aux vent, sa chemise et ses sandales et dedans au chaud les autres. J’avoue que malgré mon admiration pour Mathilde sur laquelle je reviendrai la toute récente expérience d’une cruelle bronchite attrapée sur la tour d’un autre château de Mathilde en février me porte à un sentiment d’égale admiration pour la résistance de l’empereur. Il n’est même pas rentré à la maison avec un rhume. C’est pô juste.

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fév 26 2010

propos sur un ucellino

Published by Marie-Andrée under textes

Comment on dit ? Question de base, élémentaire. Un petit jeu qui rime à rien, jusque pour agacer. Bien sûr détailler le programme de l’école maternelle française, écrire des mots aux parents toujours à la recherche de l’expression idoine, lire des romans faciles pourrait laisser l’illusion que l’on connait une langue. Soit. Je m’appuie sur une grammaire construite que je cherche à renforcer, même si, même s’il faut bien reconnaître que le plus souvent ce ne sont que des moyens de faire ressurgir au jour un savoir appris quand j’avais un cerveau neuf qui savait enregistrer et non comme à présent étouffer des baillements pendant le cours, à la suite d’une journée de travail un peu trop longue. Je ne fais pas mes exercices, je n’apprends pas de vocabulaire. Mais outre sa musicalité qu’est ce qui fait une langue sinon son vocabulaire ? Ou bien on en revient à la locution éternelle “Do you have a room for a nigth?” basic en roulant le “r” de room. Une langue c’est un outil de communication mais aussi un mode de pensée, le mode de penser d’un peuple différent. Communiquer pour combler les besoins primaires ou pour chercher à comprendre ?

Nightingale, rospiglioso, rossignol. Le songe d’une nuit d’été, le rossignol, non l’alouette, Romeo et Juliette. Tiens justement alouette, vite cherchons : “allodola”. Il y a une certaine mollesse dans “allodola”, rien à voir avec la fulgurance d’alouette qui fuse dans l’air à travers les lèvres sans qu’on puisse le retenir. La double consonne ralentit le débit tandis que le “ette” claque dans le vent comme un battement d’ailes. Et tout ça avec sans doute la même racine latine, alors les autres langues ? Cherchons …

Souvenir de rossignol ; dans les vallées turques de Cappadocce, la nuit, les rochers blancs écorchaient les mains au passages, promenade collective au clair de lune à la lueur des torches électriques. Les oreilles vibraient de leurs chants, marche silencieuse, troublante. rossignol : bülbül. (Hésitation, roucoulade bülbül)

Souvenir d’alouette ; le matin sur une prairie herbeuse où s’élève le squelette d’un navire viking de pierre en Suède, au dessus d’une falaise où bat inlassable la mer du nord, criailleries suraiguës qui se mêlent aux cris des enfants qui courent. alouette : lärka (un son qui claque, rapide)

Revenons au moineau italien ; passero. Ni plus ni moins, en français nom générique, de genre, de famille. Et quoi de plus anodin qu’un moineau ?

Sincèrement je gagne quoi à le savoir ? Peu de chose, sinon le sentiment à la question suivante :”Comment on dit tuyau ?” le sentiment d’un immense découragement car si passero peut s’oublier, tuyau peut se révéler essentiel quand l’écoulement de la machine à laver se déverse jusque chez les voisins ; tubo, cannale, canna, cannello, condotto ? Ciel ! En attendant de faire son choix pour les oreilles délicates d’un plombier ensommeillé, trouver déjà le robinet pour couper l’arrivée d’eau !

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nov 06 2009

Palerme jour 1

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Ouf le soleil est revenu au moment où j’ouvre les yeux après une nuit assez mouvementée. Aucun problème pour arriver à l’hôtel, un taxi m’y a conduite à l’arrivée du bus. Il est sis au fond d’une grande cour dans un palais ancien aux planchers qui craquent. L’ odeur de moisi, assez légère me ramène en mémoire certains hôtels de Roumanie décatis avant l’heure, mais à l’inverse la chambre est très propre, un brin monacale mais les sanitaires tout neufs.

Seulement à l’instant où je me détends enfin entre les draps un claquement dans la nuit me fait ouvrir grand les mirettes. Un volet poussé par le vent ? Mais un second, puis un troisième coup, à des intervalles divers insinuent un certain doute. Déjà dans le bus de l’aéroport je croyais entendre le parrain donner des instructions par téléphone en sicilien de sa voix rauque (un pauvre vieux enroué quoi !). Au quatrième claquement je me lève et à quatre pattes je vais glisser un oeil sur la ruelle tranquille. Hum trop tranquille peut être, car soudain deux autres coups en rafale cette fois. Pas de doute quelque part, pas très loin on se tire dessus. Je file au lit. Silence ! Je n’ai rien vu.

Tôt le matin, agitation dans la ruelle, des moteurs, des exclamations. C’est le marché qui s’installe. Il a encore plu à verse un peu plus tôt mais c’est fini. L’optimisme revient et je me lance à l’assaut de la cité. Je marche par les rues, je descends au port, remonte par la place où se tient le marché des antiquaires avec un jardin où poussent des banians, sortes de figuiers avec des racines aériennes, vieux de dizaines d’années, extraordinaires. La flore est particulière sur cette île.

Ruelles de Palerme, la décrépitude des immeubles et pourtant c’est moins sinistre qu’en Roumanie, la faute au soleil ? Un canari s’époumone en chant d’amour sur un balcon chargé de plantes vertes, du linge pend immaculé. Comme d’habitude ma bille de clown fait rigoler le bébé qui s’agite dans la poussette à côté de moi. je suis fatiguée d’avoir erré dans les rues toute la matinée. C’est dimanche, la ville tourne au ralenti. J’ai très bien mangé dans un petit restaurant de la Vucciria ; la totale ; anti pasti, primo, secondo et roulez jeunesse ! Les antipasti choisis en cuisine, légumes préparés variés et délicieux, les spaghetti “alla navale”, les sardines grillées, le tout accompagné d’un petit blanc sicilien doré, gorgé de soleil. J’avoue je suis un peu pleine et je ferai bien la sieste.

Au café où je suis assise un moment plus tard le garçon ne vient pas prendre ma commande, tant pis, je n’ai pas le courage de bouger. Un moustique incroyablement audacieux m’a piqué entre deux doigts. J’y reviendrai aux nuisibles, un chapitre à ne pas manquer. Intriguée par mon petit carnet ma voisine se penche pour me demander ce que je fais, puis elle se présente, me présente sa copine qui s’appelle Maria comme moi, ça les amuse. Elle c’est Livia. On sympathise. Elles descendent leurs bières sans frémir, discutent si fort que je me demande si les balcons en face vont résister à de tels éclats de voix. Elle m’entraîne avec Maria à l’intérieur du petit troquet dans une salle bien sombre voir la “partita di calcio”. On est dimanche après midi et Palerme reçoit l’Udinese. 1ère mi temps dans la salle sombre. Elle m’offre de partager un joint mais je préfère en rester à mon café. Ce n’est pas de mon âge ces sottises là et puis déjà que la fumée de cigarette me fait tousser ! Finalement c’est un moment de sieste dans une semi obscurité (Non, personne ne m’a fait les poches) J’ai pas dormi mais je me sens reposée à l’entracte, non le temps de repos des joueurs entre deux mi temps, je ne sais plus comment on dit. Je m’en vais arpenter de nouveau les ruelles après avoir salué tout le monde. Je suis invitée à revenir bien sûr.

Le matin j’ai visité le palais Chiaramonte (Clermont ?), édifié par cette famille d’origine franque en 1320. A la décapitation de Manfred, en 1392, le palais devient résidence du vice roi espagnol puis au 16 ème siècle, le siège de l’inquisition engendrée dans les flancs des navires espagnols et déversée sur la Sicile qui n’en demandait pas tant, habituée à un mélange de toutes professions de foi depuis la conquête normande et l’éclat des Roger et des Guillaume. Dans une salle qui servait , on ne sait pas trop si c’était de geôle ou de tribunal, puisque à la fin du règne de l’inquisition tous les documents sont partis en fumée, chacun son tour de faire un autodafé n’est ce pas ? Bref dans cette salle au mur une fresque assez naïve représente une place de Palerme, dominée par une lune en croissant qui devrait se voiler la face car une fois suppliciés les coupables étaient suspendus autour de la place à des crocs de bouchers.

Dans ce palais, de nos jours siège du rectorat, le peintre Guttuso a fait don d’une toile qui représente le marché fameux de la Vucciria, une toile carrée de 3M sur 3M. Splendide éclatement de couleurs, une toile dont le sujet peut signifier la réconciliation du peuple de Palerme avec le palais, pour oublier les siècles noirs de l’inquisition. L’écrivain Andrea Camilleri ( le père de Montalbano) a écrit un récit s’inspirant de ce tableau. Il m’a fallu faire bon nombre de librairies à Palerme pour le trouver.

Le palais a une cour carrée superbe et dans la salle de réception le plafond de poutres de bois apparente est entièrement peint comme un livre d’images de scènes tirées aussi bien de la mythologie que de l’histoire sainte ou de l’histoire comme la prise de Jérusalem par les croisés. On voit des licornes, des miracles, Tristan et Iseult, le jugement de Salomon… Les juges de l’inquisition avaient fait voiler ce merveilleux plafond de noir mais “Deo gratias” ne l’ont pas détruit. La guide qui me fait visiter, je suis seule, me parle dans un merveilleux français teinté de moults italianismes puis nous passons ensuite à l’italien et elle me demande puisque je suis professeur quelle note je lui mettrais pour son niveau de français. Je lui vote l’excellence bien sûr. Elle est si gentille. Je lui ai juste appris qu’on disait Ferdinand 3 et non Ferdinand le troisième. Je n’ai pas osé lui demander ma propre note en italien. C’est un usager d’autobus terriblement bavard qui, après m’avoir décrit minutieusement tout ce que je devais voir en ville, m’a gentiment dit que je parlais si bien italien que je devrais postuler pour le concours de professeur de franças. Je pourrais ensuite trouver du travail dans un lycée de Palerme. En fait je ne réussissais pas à placer une phrase complète tant il était bavard. Il était content de trouver un de ces touristes étrangers qui le comprenait sans qu’il ne doive tout répéter avec force gestuelle.

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nov 04 2009

Palerme, le voyage

Published by Marie-Andrée under hors les murs

24 octobre Airbus A320 20h30

Et voilà toute seule, installée enfin sans voisins. Presque pas en retard. Parlons en du retard. Honte sur moi qui ai loupé mon vol pour m’être trompée d’aéroport. Pourtant j’étais très fière de moi d’avoir rejoint Linate avec la ligne de bus régulière à coût extrêmement bas. Un nouveau billet à ajouter à ma honte et 4heures d’attente dans l’aéroport pour ma punition. Grâce au commissaire Montalbano je n’ai pas trouvé le temps trop long. J’ai aussi prévenu l’hôtel sait on jamais ? Je devais arriver vers 19h et j’y serai à minuit. Je dois bien l’avouer c’est la première fois que j’ai un peu d’appréhension à voyager seule ; la faute à la terrible réputation de Palerme. A force d’en entendre ou lire la dangerosité je finis par me laisser influencer. N’aurai-je pas “magari”  loupé mon vol par un pur phénomène d’acte manqué ? Glorieuse incertitude du départ, s’arracher à la routine rassurante.

L’A320 est un gros moteur qui grimpe “poco a poco” avec un ronronnement puissant une fois passé le stress inévitable des virages sur l’aile au décollage. Beurk pourquoi ne vont-ils pas tout droit en bout de piste ? Ne vous donnez pas la peine de hausser les épaules, je sais. Je suis cruche au point de louper mon vol mais ça je le sais. Je n’insiste pas mais tout de même ils devraient monter tout droit. Un petit écran annonce 6800m puis à présent 7171m, le temps de l’écrire. La pente est rude. Les villages en bas ne sont plus que taches lumineuses de plus en plus floues. 8000 dépassé et voilà le service de bord avec son jus d’orange. Mince une mouche qui importe la grippe A, le chikoungougna ou je ne sais quoi en Sicile, passager clandestin ailé lui aussi qui n’aurait jamais rêver aller si haut. 9000 firmament limpide. Il pleut à Palerme mais ici pas trace de brume. 10000m. En dessous Florence, vague de lumière dans les collines. 10916m. Nous n’irons pas tutoyer les étoiles, déjà on commence à redescendre au dessus du Lazio romain. Thalassa ! Thalassa ! Un grand arc lumineux avant le noir absolu de la mer. Nous quittons la terre ferme pour la grande île. Tout est noir. Petit discours du commandant de bord qui annonce que le temps est meilleur ce soir à Palerme que dans la journée, nuageux, 20°, mais du vent, un vent propice qui nous a fait gagner quelques minutes sur l’horaire. Il semble tout content le commandant avec son bel accent milanais qui traîne sur les finales.

Et d’un coup les lumières de Palerme !

Mais quel menteur ce commandant. Il pleut à vache qui pisse !

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