nov 23 2011

est ce bien toujours Londres ?

Published by Marie-Andrée under la ville

Curieuse question dira-t-on. Je m’en vais poser l’argument.

Il fait nuit, après une longue journée de marche en ville nous sortons enfin de la station de métro. Le trajet était long, si long à mon avis qu’on a du changer de réalité, voire de monde et en tout cas de continent. Car devant nos yeux effarés les enseignes se doublent d’un affichage en hébreu, les passants portent kippa ou chapeau et redingote noire. Ha ! Evidemment l’hôtel s’appelle King Salomon, il y avait un indice que je n’ai pas décodé quand j’ai fait ma réservation sur hostel.com. (zone 4 pas cher) Devant la porte de chaque chambre un petit cartouche avec la prière traditionnelle à caresser avant d’entrer.

Le petit déjeuner est casher, pas le traditionnel anglais de la veille ; privées de saucisses nous nous résignons sans trop de peine à manger des “bagel” dans une salle bondée où l’on bavarde en hébreu et non en anglais. Je lorgne du coin de l’oeil les inévitables chinois. Ils ne portent pas de kippa, nous non plus, c’est vrai pas les filles. Dans toutes ces religions moyen-orientales comme dirait quelqu’un de ma connaissance la femme n’est pas très considérée.

De toute façon il fait beau et nous n’avons nul besoin de couvre chef. Nous allons d’un pas allègre visiter une autre communauté, celle des “gothics” à Camden, un marché rempli de tant de choses inutiles comme des tee shirt aux inscriptions amusantes, des chaînes, des jupes et des manteaux de cuir, une vitrine remplie jusqu’au toit d’antiques machines à coudre, de petites échoppes de nourritures exotiques, autour d’un charmant canal et son écluse. C’est dimanche matin, les ” authentiques gothics” cuvent leur bière et l’on se retrouve entre touristes (français, il y a de si nombreuses enseignes françaises à Londres qu’on se console de savoir La Rochelle envahie de grands bretons, la réciproque est vraie) Ce doit être le sens de l’Europe cette joyeuse mixité.

Après Camden nous reprenons la voie classique, Tower bridge qui n’est pas London bridge où nous avons tout d’abord débarqué bien perplexes du métro. Se serait-il écroulé sans que ne le sussions ! Non, non il est bien là et j’en reviens à mes amours traditionnelles, taxis, bus et autres cabines téléphoniques. Ouf, l’Angleterre reste l’Angleterre. Même si des immeubles de verre et d’acier ont surgi et s’élèvent de plus en plus nombreux sur les rives de la Tamise (fort crasseuse) et dans la City. Je pourrais renvoyer à l’oeuf de verre vu sur un autre blog. ça me plait beaucoup ce mélange d’ancien et de moderne.

Depuis Saint Paul une passerelle aérienne et légère a été jetée sur le fleuve jusqu’au musée la moderne Tate gallery que nous ne visiterons pas plus que le British. Il y a tant à voir au dehors et il fait si beau. Là aussi s’élève le théâtre tout rond, le “globe” où l’on joue Shakespeare l’Immense.  Au pied de Saint Paul qui carillonne à tout va les indignés ne se bouchent pas les oreilles indifférents à tout ce bruit au dessus de leur tête. Trente patineurs à roulette tachent de ne pas se faire aplatir par les bus indifférents à leurs coups de sifflet. Heu moyen la sécurité. C’est pas en France qu’on verrait ça monsieur, pas un “bobby”, pas un uniforme à l’horizon.

En bref pour finir, un pie, une bière, Marks et spencer sans muffin aux pépites de chocolat, course à Victoria station pour prendre le bus, Hyde park et ses promeneurs à la nuit tombante,  une mosquée, des embouteillages sans fin, un peu d’impatience, de foutues bottines qui ne peuvent plus s’enfiler après les contrôles de sécurité et nouvelle course vers la salle d’embarquement.

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nov 22 2011

Londres by foot

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Donc Londres : Tout d’abord un rendez vous programmé dans la quasi perfection. Nos deux avions arrivant de leurs différentes origines à une demi heure d’intervalle et même chose pour le retour. Nous étions dans nos chez nous respectifs à la même heure raisonnable de 22h30.
Entre temps, et bien entre temps nous visitâmes Londres pedibus jusqu’à en user nos semelles de vent, hum j’exagère à peine. Le samedi après midi nous étions si fatiguées que nous avons passé trois heures devant un café au lait à papoter. “Le chiachiere” à l’italienne, de tout et de rien. Nous n’avons pas eu le courage de faire la queue et de monter dans la grande roue parce qu’il fallait s’y tenir debout.
Nous avions passé la nuit de vendredi dans un hôtel à côté de l’aéroport et nous sommes ensuite rendues au centre de Londres par le train pour arriver à la gare St Pancrace tout au nord. Le premier réflexe fut de se précipiter dans un pub pour prendre un petit déjeuner anglais. Las ! notre serveuse était française mais Ouf ! les braillards accrochés au comptoir par leur pinte de bière étaient bel et bien anglais. Le décor était planté. J’en suis restée stupéfaite, des bus rouge à étage, de gros taxis noirs, des maisons toutes semblables, l’atmosphère boisée et sombre du pub ; je me croyais dans un film. “Lequel ?” S’évertuait à me demander Charlotte. ” Je ne sais pas moi, peut être ces séries qu’on regardait en famille, comme Chapeau melon et bottes de cuir, ou amicalement votre.” A la réflexion mes souvenirs de notre voyage à la fin des années 70. Bref Londres sans surprises sinon le fait d’être Londres typiquement, furieusement et fatalement anglais.
Je me suis dit bravo, ce n’est plus le standard européen qui fait qu’on retrouve tout à l’identique de Milan au Puy en Velay, heu non le dernier exemple n’est pas valide, de Milan à Lyon, mêmes enseignes, même vêture. Les anglais ne s’habillent pas c’est tout simple. Ils ne sont pas en chapeau melon mais quasiment à poil, tee shirt, cuisses de mouches et tatouages au vent de novembre. Il faisait beau certes, j’ai enlevé un de mes trois pulls certes mais enfin il faut raison garder on est en novembre, presque en hiver. Il neige à Tallinn.
Covent garden, son joli et animé marché couvert, des animations dans la rue, beaucoup d’animations, magiciens, musiciens et baladins. Puis Trafalgar square. Nelson est toujours perché sur sa colonne, on le sait là mais on ne le voit pas le vilain borgne. Sur la tête des autres personnages de bronze les mouettes se laissent aller sans complexes. Leicester square où nous avons cherché à acheter des billets pour une des multiples comédies musicales pour finalement renoncer, trop cher, “fish and chips” à une terrasse à côté de mafieux russes qui fumaient de petits cigares (mafieux car les russes sont toujours mafieux c’est une évidence).
Big Ben toujours aussi Big toujours aussi Ben. Nous traversons pour aller vers la grande roue pour échouer sans forces dans ce bar . Ouf !
Plus tard, bien plus tard nous avons erré devant Westminster, trainé jusqu’à Buckingam palace désert la nuit et traversé non sans angoisse un parc obscur malgré son nom de green park. Nos pas résonnaient, nous guettions les pelouses prêtes à détaler en courant si une ombre plus dense que celle des arbres venait à se détacher des troncs pour nous agresser. Et puis de plus en plus lentement car nos pieds commençaient à protester à grands cris nous avons déniché par hasard un restaurant anglais du côté de Covent Garden où nous avons mangé un pie, une tourte pour moi farcie d’agneau, abricot et menthe, pour charlotte, du boeuf, bière et fromage, le tout arrosé d’un verre de cidre. C’était très bon. Après il a fallu plonger très profond dans le “tube”pour rejoindre notre hôtel où nous attendait une surprise à découvrir au prochain numéro.

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mar 20 2011

Les vagues

Published by Marie-Andrée under lectures

Après la lecture des Vagues  de Virginia Woolf
Personnages caractérisés comme si chacun représentait une face, ou plutôt un possible de l’auteur ou juste une aspiration à être. On sent la lutte pour s’encourager à vivre. Tout est désenchantement d’être, il faut trouver le courage d’aller de l’avant. La fatigue est tangible, plus encore un épuisement à chercher une raison pour que mardi succède au lundi et mercredi au mardi. Enfin la peur du temps qui passe, l’angoisse insoutenable de devoir mourir quelque jour, une angoisse que chacun se masque comme il le peut. On voit le destin cruel de l’être pensant. Pourquoi vivre puisque de toute façon il faudra finir ?. A quoi bon ressentir les brefs plaisirs de la vie puisqu’il faudra y renoncer, se retirer miné par la maladie comme mon père ou fauché trop tôt, à la fois riche et dépouillé de tous les possibles.
Le bonheur c’est l’éphémère d’un instant ou d’une vie, une respiration au regard de l’éternité qui n’est peut être qu’une idée consolatrice, une humaine proposition pour lutter contre le néant. Certes la vie est éphémère mais la mort est éternelle. ouf la vie prend d’autres couleurs. Si on ne dure pas ici on existera dans l’au delà. Et si on se met à douter de l’éternité alors que dire de Dieu ? Le doute plus fort que tout, le doute qui ronge et qui épuise.
je suis allée bien loin dans ma réflexion, une sensation donnée par le livre, une espèce de vertige. Pousser à de telles pensées est la marque du chef d’oeuvre.

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mar 11 2011

Rome Rome Rome Rome Rome Rome

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Infime et suave résonna
Le vin rouge piazza Novara
Plaisir romain à contretemps
Qui me revient chaque printemps
Goût de soleil, anteprima
Fort loin des milanais frimas.

Qualité du ciel romain
L’azur se remémore qu’à Rome la voute céleste pesa toute sur les larges épaules d’Atlas alors que sa puissance enserrait Mare Nostrum pour en extraire la quintessence du bleu.

Romains ronds voire dodus ; l’un, embusqué en tirailleur par les rues et les parcs, flanqué d’un noir cyprès griffe d’émeraude l’azur immuable. L’autre bourgeonne en troupe disciplinée à l’étal des marchés.
Qui sont-ils ?

Le pin et l’artichaut.

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fév 06 2011

le Bourget du lac

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Lac du Bourget, Lamartine et son lac qui assume parfaitement en cette journée brumeuse d’hiver son statut romantique. Vent aigrelet, longue allée boisée sur la berge, branches noires comme des coups de pinceaux hâtivement jetés sur une toile bleue ou moignons boursouflés des platanes à la peau bigarrée de motifs africains ; Poursuites amoureuses sur l’eau , parade des poules d’eau, la puce du canard menace les baigneurs comme d’énormes panneaux le serinent tous les vingt mètres, à la diète les canards ! interdit de les attirer avec des morceaux de pain. Le folklore fout le camp. Tous les quart d’heure le ronflement d’un avion qui monte ou descend ne trouble plus personne, ni les volatiles, ni les promeneurs. L’eau translucide alterne les reflets bleus, turquoise, bruns. On en boirait si ce n’étaient l’idée des buissons d’écrevisses qui hantent les creux de roches. ET les terrifiantes puces ! La dent au dessus des berges escarpées en face déchiquette la brume qui tente d’estomper telle agressivité.

L’escale dans un petit hôtel, chambre vue sur le lac, table raffinée, repos. le soleil décroit derrière la montagne et montent les ombres sur le lac qui s’apaise, plus de rameurs sur leurs longs esquifs dérisoires étroits et pointus, penchés sur les longues rames avec application, galériens pour la gloire. Silence. Les poules d’eau ont caché la tête sous l’aile au creux des champs de roseaux. Le vent renonce, l’air s’assombrit, le lac noircit et s’allument les réverbères sur la promenade de la berge. Il est temps de songer au souper.

Expédition à la poursuite de l’abbaye de Hautecombe. Il faut grimper des cols, s’effarer à la pellicule blanche qui recouvre le bitume dans les virages les plus serrés. Pas de vue, plus de lac égaré dans un épais brouillard, des forêts dénudées frissonnantes. Qu’importe on va de l’avant, d’un panneau l’autre, d’un carrefour l’autre, d’un village l’autre avec la sensation de parcourir de longues distances. Et puis nous y voilà. Une majestueuse futaie accueille notre dérisoire petit convoi, 43, 42 c’est la Loire en promenade. Surprise nous revoici au bord de l’eau sans en avoir eu conscience. Passée la visite bien documentée, totalement automatisée, on progresse dans l’église de cénotaphes en tableaux, en sculptures, éclairage, commentaires exhaustifs, “veuillez avoir la bonté de vous avancer pour laisser les autres visiteurs admirer….”

http://www.123savoie.com/article-10549-1-abbaye-de-hautecombe.html

Le plus remarquable émouvant cette statue d’un artiste italien, Jean Albertoni 1857, avec une finesse dans chaque détail, voyez la dentelle du col, les vêtements des enfants.  Je retrouve ce que j’aime tant chez mon sculpteur préféré Canova mais diable (oups pardon !) il faut avancer vers les suivants. Le lion symbole du courage des hommes, le lévrier celui de la fidélité des femmes. Et pourquoi pas l’inverse messieurs les abbés ?

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Maria_Christina_Amelia_DueSicilies_Sardinia_Hautecombe.jpg

et l’artiste

http://www.ilcastellodiaglie.it/ita/storia/artisti/albertoni.htm

Nous terminons par la promenade vers le bord de l’eau, brume, roseaux, arbres nus, pierre taillée, la main de l’humain, la main de la nature.

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sept 16 2010

la muséologie plus que la muséographie ou pédagogie muséale

Published by Marie-Andrée under la ville, textes

Il y a de si beaux musées. Des musées d’art, d’histoire, d’ethnologie, d’archéologie. J’en connais de magnifiques. Me reviennent en tête en une fascinante théorie : le musée d’archéologie d’Arles et sa tête de César sauvée des eaux, qui appelle celui de Lyon avec l’exposition si détaillée et touchante des us mortuaires romains sans qu’on oublie pour autant de guigner du coin de l’oeil les fascinantes vues sur le théâtre antique creusé dans la colline, puis le musée de Périgueux avec sa splendide architecture de verre, c’est dans une sorte de nef aux passerelles de verre que l’on se promène au dessus d’une villa antique, et encore celui de Trapani centré autour de son unique vaisseau phénicien, ou de Marseille caché dans la ville avec le témoignage de ce qui fut l’histoire de la cité phocéenne, sans oublier celui de la poussiéreuse, décatie et misérable cité d’Antioche remplie mosaïques exceptionnelles. Ils déroulent l’un après l’autre un fil de l’histoire antique. Ils valent tout autant par la beauté des chefs d’oeuvres exposés que par la science qui les a mis en valeur pour le plaisir et l’édification du public (des masses ?). Les architectes, les conservateurs, les directeurs d’expositions sont les artistes de nos temps modernes car j’ai bien peu de foi dans les réalisations artistiques actuelles qui au mieux amusent l’oeil en cherchant à le brutaliser laissant un puissant sentiment de consternation. Ainsi en est il allé à Venise devant la collection de M. F.P. Un lieu magique aménagé avec un talent extraordinaire dans un cadre merveilleux, inondé de la lueur glauque des eaux vénitiennes et qui offre des créations assommantes et dérisoires. Le regard se distrait bien vite pour plonger au travers des fenêtres pour une échappée vers la beauté extérieure. J’y ai pris un fou rire, le ridicule n’existe plus, la niaiserie se pique d’outrecuidance pour de pseudo provocations.
Très bientôt le nouveau musée de l’Acropole. Je l’imagine aussi fascinant par son contenu que par son architecture. Je m’y consolerai de ma désillusion car j’attendais cette visite à Venise avec curiosité. Dire que j’aurais pu retourner au musée Correr voir les Canova.

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sept 15 2010

Rhône

Published by Marie-Andrée under la ville

Au long du fleuve, une douce verdure, le calme, les hérons. L’eau hésite du bleu au vert, exulte de reflets glauques vénitiens le long des sablières. Le vieux Rhône déploie tout son charme au pied des barrages, ruisselle, murmure et serpente au travers d’une verdure aquatique, accompagné de son chemin de halage où ne résonnent plus les sonnailles des équipages de chevaux qui tiraient les trains de barques. Les cris d’encouragement, les claquements des fouets sont effacés par le grondement des trains. La mémoire se cantonne dans une petite chapelle de mariniers. Nous y apprendrons tout de leur vie sous la conduite d’une guide animée d’un puissant sentiment pédagogique.
Côté canal le fleuve est sage ou plutôt assagi, son cours brisé par les barrages, son lit recreusé, ses rives bétonnées. Il prête son eau généreuse aux centrales qui soufflent leur vapeur blanche vers le nord ou le sud au gré des vents violents. Passent les péniches strictement encadrées par les bornes rayées vertes et rouges. Le TGV, l’autoroute ; la vallée vibre de sa modernité mais recèle quelques trésors de sauvagerie qui s’offrent à l’émerveillement d’un verger l’autre où les abricots font ployer les branches. L’été, les cigales. Il fait bon lire au long du fleuve.

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sept 14 2010

petite part d’humanisme

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Enfin le voici qui apparaît le long du quai, le long museau profilé en métal ne crache pas de vapeur noire mais le TGV s’arrête tout de même en grinçant. Trois fois déjà la suave voix et sa clochette tintinnabulante nous ont annoncé son entrée en gare peut être pour nous faire prendre patience puisque le quart d’heure de retard du panneau d’affichage s’est insensiblement vieilli de dix minutes.
Le train est plein et les derniers voyageurs se casent dans les places restées libres un peu à la manière des quelques lettres rétives d’une grille de mots croisés restée inachevée depuis Paris.
Ma voisine est italienne et tout de suite, puisqu’elle entre en conversation bien aisément je sais que non seulement nous sommes en retard mais que nous allons devoir changer de train incessamment sous peu. Elle s’inquiète et je dois lui réciter les stations françaises qu’elle répète avec résignation. Et puis elle interpelle une jeune compatriote à deux rangées de la notre, désireuse de s’exprimer. Elle vient de faire un beau voyage à Paris et Disneyland est une merveille avec ses hôtels et ses Mickeys, en revanche la tour Eiffel gagnerait à grandir de quelques dizaines de mètres et à se vêtir en rose bonbon pour ne pas décevoir les touristes. Heureusement Paris est une très belle ville avec tant de monuments exceptionnels… A cet instant, lassée de ne pouvoir me replonger dans l’atmosphère de mon roman policier je lui jette de biais un méchant regard accompagné d’un soupir.
La dame se tourne vers moi et me demande poliment si elle m’importune. Je grimace que oui n’osant préciser que j’aimerai bien lire tranquille car je connais déjà Paris. L’expression italienne « .. fastidio ? » Est ce que je vous lasse, vous fatigue ? me plait J’ai choisi « vous importune » car dans notre monde trivial en France on ne sait plus s’exprimer courtoisement.
Bref un silence soudain soulage je crois une bonne partie du voisinage et je plonge enfin dans mon univers atroce et meurtrier entre Londres et Göteborg avec un commissaire, cousin de Brunetti le vénitien tant il semble laisser les choses aller leur cours tout en réfléchissant et en se promenant. Il confond bien sûr le criminel et je referme le livre un peu déçue. L’atmosphère est poisseuse, lourde, un brin désespérée, bien sûr le crime ne fait pas rire mais me manque la légèreté vénitienne, son somptueux décor qui en atténue l’horreur, et les spaghetti.
Bref je médite, je critique, les yeux clos. Ma voisine s’agite un peu, s’ennuie devant son magazine. Je lui souris redevenue sociable et nous échangeons quelques propos d’une voix feutrée à propos du retard qui se creusera bientôt lors du changement de train. « Ma soeur m’avait recommandé ce train, ha ça je vais lui en dire moi…. »
Un quai à St Jean de Maurienne avec une vague pelouse jaunie et de chaque ôté un TGV qui déverse ses nombreux voyageurs encombrés de leurs lourdes valises pour un croisement confus, attention à ne pas reprendre le mauvais sens alors on demande, on s’interroge les uns les autres, on se presse autour du contrôleur patient, ici Milano, là Paris, mais Turin me direz vous ? Et bien du même côté que Milan, la SNCF est prévoyante ! Bref le temps de retrouver le wagon jumeau, la place numérotée et de récupérer tous les voisins le voyage reprend. Ce n’est plus vingt minutes mais cinquante et tout le monde de se lamenter. La nuit tombe et l’on ne sait plus si l’on est encore en France. Aux questions inquiètes de ma voisine je me demande si elle a peur de ne pas pouvoir regagner l’Italie jusqu’à comprendre en la voyant torturer son téléphone portable. Elle ne doit pas vouloir payer trop cher en appelant depuis la France. Elle n’est pas la seule, un signal invisible est donné dès la sortie du tunnel , de part et d’autre du wagon s’élèvent des voix désolées. « Pronto !.. » avec comme antienne résignée « Non non ce n’est pas la peine d’attendre vous n’avez qu’à manger sans moi. »
Ma voisine appelle sa soeur, discute et finalement soupire à mi voix après avoir raccroché, « tout de même elle pourrait ne pas se coucher si tôt et venir ne chercher. Il va falloir que je dorme chez ma mère » Et je comprends vite quel « fastidio » devient cette fin de voyage car la mamma s’inquiète, rappelle une fois, deux fois, trois fois même. La dame rassure à l’envie «  Ne t’en fais pas Mamma, ne t’en fais pas ! »
Et cette voix qui se fait patiente, douce de cette femme entre deux âges,- l’entre deux âges, le mien, celui implacable, sans nom, où l’on cesse un jour de pouvoir dire « Ne t’en fais pas mamma »- me fait sentir proche de cette inconnue.

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avr 23 2010

vers le sud

Published by Marie-Andrée under la ville

Nous quittons Istanbul par le bus dans la nuit déjà tombée. Nous longeons longuement la Marmara remplie d’une multitude de cargos de toute sorte, petits et moyens pas de super tanker dans le Bosphore. Il y a quelques années l’incendie d’un pétrolier russe menaça la ville d’une terrible catastrophe, alors à présent il y a un sens de circulation six heures dans un sens puis dans l’autre et des centaines de cargos attendant leur tour tournant sur leurs amarres au fil du vent et du courant. S’il fallait en chercher un j’imagine qu’il faudrait pointer une à une les petites taches de “google earth” et encore … Ce que nous ne verrons pas ce soir là c’est le ruban joliment coloré des milliers de tulipes en rangs (d’oignons) bien serrés sur le terre plein de l’autoroute qui mène jusqu’à l’aéroport.
Pas de touristes au domestic departures et d’ors et déjà nous nous accoutumons à être les seuls de notre race pour notre séjour dans le grand sud turc, car c’est bien l’orient qui nous attend sur cette piste d’aéroport avec un seul avion posé en sus du notre, une piste poussiéreuse, un aérogare qui rivaliserait à peine avec celui de Roanne dans sa période faste ; mais équipé de deux postes de vérification des bagages et passagers car s’il est bien une chose qui n’amuse pas les turcs c’est la sécurité, alors bon an mal an on gagne sa place dans l’avion en tachant de ne pas marcher sur ses lacets dénoués, tenant son pantalon d’une main la ceinture dans l’autre, les produits de maquillage dans le sachet de rigueur, l’ordinateur allumé puis éteint devant l’oeil consciencieux du policier de service, etc.. Rien n’échappe à leur vigilance attirée par mes jumelles. J’ai vu au moins trois personnes passer avec le policier derrière le rideau pour vérifier peut être ce qu’ils avaient dans le pantalon ou leurs prothèses métalliques. Donc s’ils ont laissé passer le gros velu c’est qu’il n’est pas dangereux malgré sa fourrure, de la moquette à poils longs. Pourtant il pourrait fort bien se muer brusquement en loup garoup pendant le vol et dévorer le pilote.
Sur les lignes de la Turkish on mange, c’est devenu exceptionnel dans notre monde easyjet et même sur les moyennes distances on a le choix entre deux menus. Incroyable.

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avr 22 2010

Et si on commençait par la fin ?

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Car Istanbul c’est Constantinople, c’est le début et la fin du voyage, alors quelques notes à la volée alors que j’avais le coeur lourd d’avoir vu repartir Benjamin dans son beau bus Havas. On dit à vache quand on cause le turc. En promenade depuis Taksim, j’ai pris tout d’abord le petit tram rétro d’Istiklal puis le tunnel et sa “ficelle” à la lyonnaise avant de traverser le pont de Galata à pied.
Ce mardi le soleil encore bien timide sort par instant des nuages gris qui masquent un ciel d’Istanbul bien boudeur alors qu’il faisait si chaud pour notre bain dans le sud moyen oriental. Assise sur un banc au pied de la “yeni camii” j’écoute les conversations sans rien comprendre sinon saisir parfois un mot qui se met à surnager tirant ça et là un petit fil de l’écheveau de la mémoire. La mienne est brouillonne comme le bruit ambiant : klaxons, moteurs, sirènes des bateaux, cris des mouettes, appels des petits vendeurs de presque rien. Confusion de sons, confusion de saveurs et d’odeurs. Les tulipes, lale, symboles de la Turquie sont à l’honneur à Istanbul, c’est la fête de la tulipe, 15.000.000 de bulbes plantés de partout par la mairie et importés de Hollande car on ne cultive plus la tulipe en quantité suffisante dans le pays. Lale, on la trouve représentée sur les faïences traditionnelles d’Iznik.
Tiens la Turquie a changé, elle ne fume plus dans les lieux publics, dans les restaurants ou hôtels. Elle fume dans la rue mais sans les attroupements que l’on voit devant les cafés en Italie par exemple. Magie d’un état policé (policier ?). peuple discipliné par la force publique, ha l’Europe certains doivent la maudire. Pauvres turcs, cette fois ne leur reste que le çay comme exutoire.
Je repars mais il me fallait bien ce temps de repos et deux çay après la visite du quartier des quincaillers, boueux, peu passionnant avec ses théories de robinets et ses cordes pour la marine, trompée par une fourbe indication lue dans le guide. J’ai rien vu et je sentais bien la curiosité des vendeurs pour cette touriste égarée dans un coin sans femmes non plus. Certes je n’étais pas à ma place et pour me consoler de ma déconvenue j’ai pris le chemin du grand bazar rêver devant les bijouteries.
Et plus tard après une rude montée dans ce quartier si populeux aux mille boutiques je repose mes pieds usés (qu’est ce que je souffre des pieds !) devant un nouveau çay, oui on risque aussi l’addiction je confirme. Que de belles occasions de dépenses pour tous les mauvais goûts. J’hésite entre un gros bracelet en argent ou un GROS pendentif. Mais je me sens épuisée d’avoir à négocier devant le vendeur qui dégaine la calculette magique, à gros chiffres, qui affiche les prix, les baisse, les change en euros pour faire croire que c’est moins cher que ce qu’on croyait.
Tiens un tout petit qui fait une belle tentative de fuite, mais il ne devrait pas hurler si fort devant son père qui s’épuise à le poursuivre. Le voilà capturé, embarqué, ficelé dans la poussette sous les rires des vendeurs. Non mais, c’est beau l’autorité paternelle, voilà la mère, le petit hurle de plus belle gigote et se débat. Il ne va se calmer qu’au sein à l’abri dans le café, chacun sa tasse de çay.
Attaque par la droite de l’Empire sous forme de trois corbeaux, mais maître yoda, tapi dans une boutique les fait s’égailler dans un grand frou frou d’ébène avec des croassements indignés.
Les pancartes d’interdiction de fumer ont fleuri comme les tulipes jusqu’au coeur du grand bazar mais dans un coin je vois bien un vieux récalcitrant qui tire sur son bout de poison.
A présent c’est un aveugle qui pousse une balance sur un chariot à roulettes, des fois que ça nous prendrait là, d’un coup, comme une urgence vitale, l’envie de savoir si on a grossi entre deux çay.
Le grand bazar scintille de mille feux. j’ai craqué. Tant pis. C’est le faste qui perdit Constantinople. Le désir et l’envie qui rongeait le coeur des barbares ont détruit la ville qui se venge en plumant les barbares.

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