Après plus d’une heure de marche au hasard des rues, m’être perdue et avoir demander mon chemin. “Scusi signora, mi farei una cortesia ? Campo dei fiori per favore” Bien entendu à l’opposé de l’endroit où je me trouvais je finis par arriver piazza Navona à la poursuite du soleil. Je trouve la terrasse d’un café où l’on ne vous sert jamais. Pas grave. Une heure encore à tuer. Une heure à tuer, bien dit, une heure de moins à vivre puisque vécue dans les affres de l’attente. Mais est ce perdre son temps que de passer une heure sur l’une des plus belles places de Rome un verre de Chianti en main ? Devant moi n’y a-t-il pas le Bernin ou plutôt sa fontaine dégagée des voiles qui en cachaient les mystères l’an dernier ? Restauration, “lavori in corso”. Mystère du Nil qui se voile la face, honteux de ne point connaître ses sources. Les trois autres, voyons ce qu’en dit la mémoire, Danube, Amazone, Mississipi. Pas tout à fait, Rio de la Plata et Gange à la place du Mississipi. Foin de l’Amérique du nord en 1600 et des poussières. Amusant je lisais hier soir dans livre qui se passe en partie au Brésil la description de l’obélisque dont le mystère (encore une fois, notez bien) des hiéroglyphes interrogeait les grands esprits (jésuites) de l’époque. Amusant mais pas surprenant puisque tous les chemins mènent à Rome.

Délaissant les mystères de la pierre je m’intéresse au grouillement humain qui passe et repasse devant moi.
Carabinieri portant bien leurs uniformes, les épaules redressées, les gants blancs dans la main droite, démarche nonchalante, élégants à la Jim. Comment se fait-il que leurs pantalons leur donnent de si longues jambes ? Ils sont deux puis un troisième les rejoint, pantalon noir sans bande rouge, un chef , le “telefonino” en main (traduction le “cep” pour les non italophones). Tout juste derrière la place on entend la rumeur d’une manifestation “Pas contents !” Protestent les romains, aussi dépités que les français de voir leur pouvoir d’achat se réduire comme peau de chagrin.
Dans la foule, encore des japonais bien sûr, en couples ou en petits groupes ; jour de relâche ou défection du guide, la jambe cassée sur un marbre rendu glissant par l’orage de la veille. Japonais disais-je coiffés en hérisson sans élégance (facile celle là), au look déjanté, plans, sacs à dos, appareils photos, livres, si bien plongés dans leur lecture qu’ils ne lèvent pas la tête en direction de la fontaine. Ha si le guide avait été là ils ne l’eussent point manquée !
D’autres touristes, jeunes, vieux, familles, groupes de lycéens gloussants, lunettes noires. Oui j’en ai vu un visiter la Sixtine avec ses lunettes noires, juré ! craché ! Ils flanent, se hâtent, se heurtent, s’éloignent, reviennent à petits pas, longues enjambées, casquettes, foulards, amoureux, blasés, fatigués, enthousiastes. Les peaux sont trop banches sous le soleil.
Quelques pigeons cherchent leur provende au pied des tables. Le violoniste s’en est allé pour faire place au chanteur à guitare. Le soleil brûle un peu la cuisse à travers la toile de jean. L’instant est parfait.
26 février. Quelques traces d’un carnaval dans le caniveau, tristes confettis décolorés. Sur le place des artistes vous croquent une caricature à moindre frais. On vend des reproductions, des estampes, des posters. Le père du Caravagge a fini en prison pour avoir copié Léonard de Vinci. Les barbouilleurs de la place seraient-ils capables de copier Léonard ?
Plus loin pour s’occuper peut-être des policiers verbalisent, ou plutôt en ont l’intention. Pas trop déterminé le municipal à casquette d’amiral écoute,carnet en main une femme qui plaide avec de vigoureux gestes pour appuyer sa démonstration. Les carabinieri qui rôdent toujours jettent un coup d’oeil un peu hautain, indifférents à la reculade des municipaux. A chacun sa proie. Tout est calme.
A côté de moi deux messieurs silencieux, sûrement pas italiens on les entendrait ; un père et son fils ? Mon chien, mendiant, pleurnicheur, bref chien obtient à l’usure le droit de grimper sur mes genoux. Le gratouilleur de guitare fait front à la concurrence déloyale du karcher qui nettoie la façade de l’église en face, voilée. Restauration, lavori in corso, part aléatoire du tourisme en Italie, une incitation larvée à revenir l’année suivante. Et revoilà “i carabinieri” .
Le soleil se cache derrière l’église, le froid revient. Au dessus l’hélicoptère des riches touristes, crapule terroriste, nous pollue les oreilles en “girant” dans le ciel romain.Un pétard, mon chien tremble, “i carabinieri” toujours stoïques, toujours le portable à l’oreille. J’ai un peu froid à présent. Je vais régler mon verre de vin et m’en aller.