Archive for the 'la ville' Category

avr 23 2010

vers le sud

Published by Marie-Andrée under la ville

Nous quittons Istanbul par le bus dans la nuit déjà tombée. Nous longeons longuement la Marmara remplie d’une multitude de cargos de toute sorte, petits et moyens pas de super tanker dans le Bosphore. Il y a quelques années l’incendie d’un pétrolier russe menaça la ville d’une terrible catastrophe, alors à présent il y a un sens de circulation six heures dans un sens puis dans l’autre et des centaines de cargos attendant leur tour tournant sur leurs amarres au fil du vent et du courant. S’il fallait en chercher un j’imagine qu’il faudrait pointer une à une les petites taches de “google earth” et encore … Ce que nous ne verrons pas ce soir là c’est le ruban joliment coloré des milliers de tulipes en rangs (d’oignons) bien serrés sur le terre plein de l’autoroute qui mène jusqu’à l’aéroport.
Pas de touristes au domestic departures et d’ors et déjà nous nous accoutumons à être les seuls de notre race pour notre séjour dans le grand sud turc, car c’est bien l’orient qui nous attend sur cette piste d’aéroport avec un seul avion posé en sus du notre, une piste poussiéreuse, un aérogare qui rivaliserait à peine avec celui de Roanne dans sa période faste ; mais équipé de deux postes de vérification des bagages et passagers car s’il est bien une chose qui n’amuse pas les turcs c’est la sécurité, alors bon an mal an on gagne sa place dans l’avion en tachant de ne pas marcher sur ses lacets dénoués, tenant son pantalon d’une main la ceinture dans l’autre, les produits de maquillage dans le sachet de rigueur, l’ordinateur allumé puis éteint devant l’oeil consciencieux du policier de service, etc.. Rien n’échappe à leur vigilance attirée par mes jumelles. J’ai vu au moins trois personnes passer avec le policier derrière le rideau pour vérifier peut être ce qu’ils avaient dans le pantalon ou leurs prothèses métalliques. Donc s’ils ont laissé passer le gros velu c’est qu’il n’est pas dangereux malgré sa fourrure, de la moquette à poils longs. Pourtant il pourrait fort bien se muer brusquement en loup garoup pendant le vol et dévorer le pilote.
Sur les lignes de la Turkish on mange, c’est devenu exceptionnel dans notre monde easyjet et même sur les moyennes distances on a le choix entre deux menus. Incroyable.

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mar 06 2010

Marché

Published by Marie-Andrée under la ville

Après des jours d’enfermement le ciel semblait très bleu ce matin, si bleu que j’ai décidé de pointer mon nez dehors pour un petit tour au marché. Et voici avec cet avant première printanière revenir les artichauts. Des artichauts mais pas n’importe quels artichauts car j’ai découvert ici de petits artichauts affreusement piquants, agressifs voire teigneux qui tachent de préserver leur tendre primeur. Et puis j’ai aussi découvert que l’intérieur des tiges d’artichauts était plus tendre que le coeur, comme la joue du poissonnet ruisselant en est la meilleure part. Mais ceux là, les teigneux, qui bien épluchés se mangent crus avec une sauce relevée aux anchois ont des concurrents romains d’une rondeur, d’une douceur toute opposée, des romains que l’on achète juste pour le plaisir de les tenir en main. aux teintes délicates étalée sur une palette allant du gris au vert le plus profond, voire par un détour Véronèse pour les plus audacieux. Bien sûr l’artichaut de Bretagne majestueux au coeur large et généreux qui vous noie sous l’avalanche de ses feuilles dures dont on suce la base, laissant dégouliner la sauce jusqu’aux coudes règne sur la famille comme un patriarche. De celui là les vendeurs turcs remplissaient des camions et passaient dans les rues, faisant voler les feuilles avant de plonger les grands coeurs tout ronds dans des bassines d’eau citronnées.
Et voilà ! D’un artichaut l’autre se rembobine le fil de la mémoire.

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mar 06 2010

A la Scala

Published by Marie-Andrée under la ville

A la Scala il faut venir habillé, petite robe noire de préférence
A la Scala j’étais aujourd’hui tout en haut, merci les enfants pour vos jumelles
A la Scala les ouvreurs ont des chaînes sur leurs habits noirs mais ne sont pas punks pour autant
A la Scala il ne faut pas tousser, alors ce soir j’avais bu double dose de sirop, emporté des pastilles auti toux, de l’eau et des mouchoirs.
A la Scala je suis allée voir un spectacle d’opéra. Janacek avec un titre à faire froid dans le dos ; de la maison des morts d’après Dostoïevski.
A la Scala j’en ai pris plein les oreilles parce que toujours le spectacle y est magnifique. La musique était extraordinairement belle. (je m’offrirai le CD)
A la Scala on jouait ce soir le dernier opéra de Janacek. Il faut vraiment avoir du coffre pour ne pas se laisser dominer par les instruments.
A la Scala les chanteurs avaient du coffre mais pas seulement on les a même vu tout nus à un moment. il n’y a pas de voix de femmes dans cet opéra.
A la Scala pour suivre la traduction en italien ou en anglais du texte chanté en tchèque il y a de petits écrans électroniques devant chaque siège même tout en haut dans les galeries.
A la Scala on ne dit pas bravo mais Bravi ; est ce que les espagnols crient oli au lieu de olé à la vraie corrida de là bas ?
Avant la Scala moi je croyais que tous les opéras étaient sur le même modèle. J’en avais vu en Roumanie, en Bulgarie et même en Turquie mais c’était pas tout à fait pareil.
Après la Scala je bois mon cacao et je m’endors sans tousser. (ou presque)
J’ai bien envie l’an prochain de m’offrir un abonnement pour toute la saison avec mes amis du loggione, les puristes.

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mar 05 2010

8 mars 2010

Published by Marie-Andrée under la ville

Et bien vous l’aurez compris cette année la journée de la femme sera dédiée à Mathilde de Canossa ! Il en va ainsi de mes admirations, à Henri IV le teuton, au Pape Grégoire VII Je préfère la comtesse Mathilde parce que dans le monde du moyen âge, l’an mille n’était pas forcément féministe. Georges Duby a bien écrit le chevalier la femme et le prêtre mais bon la femme ce n’était surtout que la reproductrice de la mâle lignée.
Là pas de chance, des trois enfants de Boniface, marquis de Toscane, seule Mathilde passera le cap de la petite enfance. Et comme son père lui non plus ne vivra pas vieux (assassiné) c’est avec sa mère Béatrice que Mathilde va affronter son destin. D’abord elle la marie au fils de son nouvel époux, un baron lorrain pas très vaillant, bossu de surcroît qui lui donnera une fillette qui ne vivra que quelques mois. La Lorraine et Geoffroy (petit bossu et goîtreux que de charmes !) ennuient Mathilde qui retourne chez sa mère en Toscane inspecter les terres dont elle est la seule héritière. Entre Nancy et Florence, y a pas photo. On ne sait pas trop ce qu’en pense Geoffroy car de fait on s’en fiche parce que Mathilde va alors prendre les rênes et gouverner ses territoires, en renforcer la défense contre l’ennemi germanique et s’ériger en chevalier de la papauté. Comme des perles à un collier les castels vont s’ériger d’une colline l’autre, en contact visuel pour se transmettre les informations avant les moulins des chouans, le télégraphe Chappe. L’internet de l’an mil a plaisanté justement le guide.
Et puis comme elle a bel appétit Mathilde elle agrandit ses territoires. Bien sûr ce sont des années de lutte contre l’empereur où les déboires alternent aux succès (7 ans de guerre avant qu’Henri ne repasse les Alpes). Mais jamais elle ne sera brisée. Elle tentera même de se remarier avec le fils de l’un des ennemis d’Henri, nouvel échec matrimonial elle renvoie le gamin chez sa mère. Elle n’a pas besoin d’homme pour lui dicter ce qu’elle a à faire pour administrer son demi royaume qui comprend presque toute l’Italie du nord. Henri V (le successeur du IV de Canossa) finira par faire d’elle la vice-reine d’Italie lors de l’un de ces communs renversement d’alliance, de pose et de dépose de Pape. Bref une sacrée bonne femme. Sûr que son héritage avait de quoi faire saliver puisqu’elle n’avait pas d’enfant. Elle a adopté le descendant de fidèles alliés et puis finalement s’est ravisée et a tout donné à la papauté.
Reconnaissance tardive des Papes c’est le tombeau érigé par le Bernin quelques siècles plus tard. Les os de Mathilde reposent à St Pierre de Rome ce n’est que justice.

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mar 01 2010

Henri

Published by Marie-Andrée under la ville

La comtesse Mathilde est droite sur son cheval, très droite en robe rouge et fière, fière de son sang, de sa race, de sa puissance. Le cheval a la jambe droite levée pour un nouveau pas vers l’avant, vers la victoire. Est ce que Mathilde ne règne pas sur un territoire immense du lac de Garde à la douce Toscane ? Est ce que de ses châteaux de pierre dans ces Appenin qui déjà savaient résister aux romains elle n’a pas défié l’empereur Henri IV avide de mettre sous sa loi l’Italie du Nord. Elle a si bien fait obstacle à ses ambitions qu’il a dû rester trois jours aux pieds de la grande porte du château de Canossa, trois jours en sandales de cuir et en chemise à attendre le bon vouloir du Pape. Trois jours en sandales dans la neige. Il faut comprendre Henri, sa belle constance, ce devait être bien contrariant d’être excommunié dans ces temps là. Trois jours, en plein hiver, fin janvier dans les montagnes. Il fait rudement froid dans les Appenins en janvier (en février aussi je confirme). En sandales en chemise alors que le Pape Grégoire VII , ses mains gantées tendues au-dessus du braséro, se moque de le voir trembler de froid, (hé oui le guide l’a montré pas de cheminée dans ces châteaux). Sur les tableaux il reste beaucoup d’orgueil à Henri malgré sa chemise et ses sandales posées sur la pierre enneigée. Il n’a pas la mine désespérée des pénitents ordinaires, des vaincus de l’histoire. Il implore son pardon certes mais on sent bien qu’il se dit que ce n’est qu’une mauvaise potion à avaler. Il préférerait certes du bouillon chaud ou même un coup de “grappa” pour tenir là devant cette porte de bois épaisse, l’histoire ne parle pas de jeûne. Combien de fois en trois jours n’a-t-il pas dû rêver de faire sauter cette porte, jeter ses reîtres à l’intérieur pour massacrer ceux qui là dedans se rient de son impuissance et le font languir ? Ce devait être cela qui lui permettait de ne pas sentir la bise glacée des Appenins lui glacer les membres sous sa chemise, la rage, la rage pure. Pour parvenir là et contraindre le Pape à lever son excommunication Henri a déjà traversé les Alpes par le Mont Cenis en pleine hiver guidé par les montagnards dans la neige et le froid. Il n’a pas d’autre choix. Si c’est le Pape qui arrive en Allemagne il sera déposé par les princes allemands qui choisiront un autre empereur. Lors il attend et Grégoire est bien obligé de céder sachant que l’empereur aura vite fait de reprendre sa parole pour relancer cette querelle des investitures et jeter ses troupes sur l’Italie. En apparence Grégoire est le vainqueur et fera résonner jusqu’à nos jours cette humiliation du temporel devant le spirituel, on va toujours à Canossa mais au vrai ce sera insuffisant. L’humiliation d’Henri a payé quand la maudite porte de bois s’est enfin ouverte. Tant de souverains auraient pu méditer la leçon au fil des siècles, plier quand tout est contre vous, ne pas s’obstiner. Et si Napoléon avait oublié Moscou ? Il devait être plus frileux qu’Henri.

L’année qui suivra Henri ne manquera d’envoyer ses troupes infliger une leçon à l’orgueilleuse Mathilde. Mais il n’avait rien compris aux Appenins à ce qui liait Mathilde à sa terre parce que ses hommes sont alors piégés par le brouillard et rossés d’importance par ceux de Mathilde. Il y aura d’autres combats Mathilde ne sera pas toujours victorieuse mais l’histoire ne retiendra que cet épisode ; l’humiliation de Canossa.

Dehors Henri ses cheveux aux vent, sa chemise et ses sandales et dedans au chaud les autres. J’avoue que malgré mon admiration pour Mathilde sur laquelle je reviendrai la toute récente expérience d’une cruelle bronchite attrapée sur la tour d’un autre château de Mathilde en février me porte à un sentiment d’égale admiration pour la résistance de l’empereur. Il n’est même pas rentré à la maison avec un rhume. C’est pô juste.

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mar 10 2009

Piazza Navona

Published by Marie-Andrée under la ville, textes

Après plus d’une heure de marche au hasard des rues, m’être perdue et avoir demander mon chemin. “Scusi signora, mi farei una cortesia ? Campo dei fiori per favore” Bien entendu à l’opposé de l’endroit où je me trouvais je finis par arriver piazza Navona à la poursuite du soleil. Je trouve la terrasse d’un café où l’on ne vous sert jamais. Pas grave. Une heure encore à tuer. Une heure à tuer, bien dit, une heure de moins à vivre puisque vécue dans les affres de l’attente. Mais est ce perdre son temps que de passer une heure sur l’une des plus belles places de Rome un verre de Chianti en main ? Devant moi n’y a-t-il pas le Bernin ou plutôt sa fontaine dégagée des voiles qui en cachaient les mystères l’an dernier ? Restauration, “lavori in corso”. Mystère du Nil qui se voile la face, honteux de ne point connaître ses sources. Les trois autres, voyons ce qu’en dit la mémoire, Danube, Amazone, Mississipi. Pas tout à fait, Rio de la Plata et Gange à la place du Mississipi. Foin de l’Amérique du nord en 1600 et des poussières. Amusant je lisais hier soir dans livre qui se passe en partie au Brésil la description de l’obélisque dont le mystère (encore une fois, notez bien) des hiéroglyphes interrogeait les grands esprits (jésuites) de l’époque. Amusant  mais pas surprenant puisque tous les chemins mènent à Rome.

Délaissant les mystères de la pierre je m’intéresse au grouillement humain qui passe et repasse devant moi.

Carabinieri portant bien leurs uniformes, les épaules redressées, les gants blancs dans la main droite, démarche nonchalante, élégants à la Jim. Comment se fait-il que leurs pantalons leur donnent de si longues jambes ? Ils sont deux puis un troisième les rejoint, pantalon noir sans bande rouge, un chef , le “telefonino” en main (traduction le “cep” pour les non italophones). Tout juste derrière la place on entend la rumeur d’une manifestation “Pas contents !” Protestent les romains, aussi dépités que les français de voir leur pouvoir d’achat se réduire comme peau de chagrin.

Dans la foule, encore des japonais bien sûr, en couples ou en petits groupes ; jour de relâche ou défection du guide, la jambe cassée sur un marbre rendu glissant par l’orage de la veille. Japonais disais-je coiffés en hérisson sans élégance (facile celle là), au look déjanté, plans, sacs à dos, appareils photos, livres, si bien plongés dans leur lecture qu’ils ne lèvent pas la tête en direction de la fontaine. Ha si le guide avait été là ils ne l’eussent point manquée !

D’autres touristes, jeunes, vieux, familles, groupes de lycéens gloussants, lunettes noires. Oui j’en ai vu un visiter la Sixtine avec ses lunettes noires, juré ! craché ! Ils flanent, se hâtent, se heurtent, s’éloignent, reviennent à petits pas, longues enjambées, casquettes, foulards, amoureux, blasés, fatigués, enthousiastes. Les peaux sont trop banches sous le soleil.

Quelques pigeons cherchent leur provende au pied des tables. Le violoniste s’en est allé pour faire place au chanteur à guitare. Le soleil brûle un peu la cuisse à travers la toile de jean. L’instant est parfait.

26 février. Quelques traces d’un carnaval dans le caniveau, tristes confettis décolorés. Sur le place des artistes vous croquent une caricature à moindre frais. On vend des reproductions, des estampes, des posters. Le père du Caravagge a fini en prison pour avoir copié Léonard de Vinci. Les barbouilleurs de la place seraient-ils capables de copier Léonard ?

Plus loin pour s’occuper peut-être des policiers verbalisent, ou plutôt en ont l’intention. Pas trop déterminé le municipal à casquette d’amiral écoute,carnet en main une femme qui plaide avec de vigoureux gestes pour appuyer sa démonstration. Les carabinieri qui rôdent toujours jettent un coup d’oeil un peu hautain, indifférents à la reculade des municipaux. A chacun sa proie. Tout est calme.

A côté de moi deux messieurs silencieux, sûrement pas italiens on les entendrait ; un père et son fils ? Mon chien, mendiant, pleurnicheur, bref chien obtient à l’usure le droit de grimper sur mes genoux. Le gratouilleur de guitare fait front à la concurrence déloyale du karcher qui nettoie la façade de l’église en face, voilée. Restauration, lavori in corso, part aléatoire du tourisme en Italie, une incitation larvée à revenir l’année suivante. Et revoilà “i carabinieri” .

Le soleil se cache derrière l’église, le froid revient. Au dessus l’hélicoptère des riches touristes, crapule terroriste, nous pollue les oreilles en “girant” dans le ciel romain.Un pétard, mon chien tremble, “i carabinieri” toujours stoïques, toujours le portable à l’oreille. J’ai un peu froid à présent. Je vais régler mon verre de vin et m’en aller.

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mar 09 2009

Piazza San Pietro Roma

Published by Marie-Andrée under la ville

Le soleil est de sortie, un vent léger asperge de gouttelettes ceux qui s’approchent trop près des fontaines. Le flot touristique ordinaire ruisselle sur les pavés qui résonnent des claquements des sandales des petits enfants qui courent après les pigeons. Les colonnades de marbre étincellent. Onze heures sonnent à Saint Pierre. Des barrières de bois circonscrivent des espaces vides, enferment quelques rangées de chaises préparées pour la prochaine apparition papale.

Majesté de Saint Pierre, minéralité, triomphe de l’âme humaine, élévation de la pensée, réduction de l’être humain à la taille d’un pouce au pied des colonnes aux feuilles d’acanthe sculptées ; seuls vestiges de la nature maîtrisée. Si l’on tourne sur soi sans fermer les yeux la ronde des colonnes vous étourdit (un jeu idiot j’en conviens).

Démiurge : nom donné par les platoniciens à l’intelligence créatrice.

Un grand mot, une grande idée. Saint Pierre vous donne de ces idées là mais dans la même temps comment le flot des visiteurs peut-il permettre au croyant d’éprouver une émotion dans ce lieu ? Au mieux assouvissement d’une forme de curiosité ; Au mieux si l’on est pas pertubé par les commentaires babyloniens. J’entends par babylonienne une langue incompréhensible qu’elle soit grecque ou japonaise, russe ou turque, bref qu’elle sonne aux oreilles d’une musicalité étrange et surprenante.

Je suis au dehors. Je laisse la Pieta derrière sa vitre blindée, bien moins visible que sur n’importe quel site internet, le siège de Saint Pierre qui rayonne, l’immense baldaquin entouré des figures d’une parturiente, nièce chérie d’un Pape (La présence de la femme à l’église est chose souvent incongrue) et tant d’autres merveilles. J’y étais l’an dernier qu’en ai-je retenu, sinon qu’il faut faut attendre 40 minutes environ, passer un détecteur de métaux avant de gravir les marches imposantes satisfait de pouvoir cocher dans la liste qu’on a fait Saint Pierre. Y retourner, y retourner encore. Je dois retourner de partout c’est désespérant d’avoir une mémoire en fromage blanc.

Trois fois au moins un touriste vient s’informer auprès de moi de la façon d’entrer, l’un d’eux me demande si c’est bien la peine alors que sa femme piétine d’impatience derrière. Avec mon chien en laisse, mon carnet de notes je dois inspirer confiance, avoir une vague allure d’autochtone. Mon anglais trébuche souvent sur un mot d’italien.” Yes sir, really interessante ! Half an hour d’attesa not troppo lungo !” Qu’il se débrouille avec mon accent français en prime. Saint Pierre, tour de Babel.

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mar 08 2009

mimosa

Published by Marie-Andrée under la ville

8 mai fête des femmes. Le mimosa est à l’honneur de partout dans la ville. Décidément je suis heureuse puisque le soleil est revenu le même jour. J’en peux plus de la pluie. Prochaine destination, un pays où il ne pleut pas, ou alors seulement quand on dort. Le mimosa serait-il si beau s’il n’avait eu de l’eau ? Mais point trop n’en faut.

Bonne fête à toutes les femmes !

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fév 28 2009

Tess à Rome (2)

Published by Marie-Andrée under la ville

Or donc enfin laissames nous les jeunes gens devant l’entrée des musées du Vatican pour nous en aller au hasard. Et là par les rues tranquilles du “centro storico” j’ai apprécié le charme de cette ville toute d’odeurs à ras du museau. J’en ai collectionné moult. De quoi savourer des mois durant au fond de mon panier. Nous avons fini par nous poser piazza Navona au soleil à une terrasse pour compter les japonais qui passaient, entendre les joueurs de guitare, observer la foule touristique en mouvement, entendre au loin une manif et guetter l’inactivité des policiers dans leurs uniformes élégants. Et oui j’ai pu jeter un petit coup d’oeil sur ses griffonnages puisqu’elle m’a fait l’honneur de me prendre sur ses genoux tandis qu’elle buvait son verre de vin. Elle n’a pas été très généreuse pour le partage du “Panino” alors que j’avais grand faim. Elle ne fanfaronait plus quand un brave homme de vendeur de marrons m’a jeté des morceaux du sien que j’ai happé avec toute la célérité nécessaire à l’exercice pour qu’il recommence, ne coupe pas son élan de générosité. Et ce saint homme ne cessait de déplorer que ce pauvre “cagniolino mourait de faim”.  J’ai bien compris qu’Elle avait un peu honte sous son sourire de façade. Elle qui me faisait boire dans les flaques laissées par l’orage de la veille. J’avais les coussinets douloureux après une telle journée de marche, du Vatican jusqu’au Colisée et par mille détours plus ou moins intéressant. Et la fontaine de Trevi à mon avis est bien surfaite quand à sa réputation. Je lui ai préféré quelques encoignures savoureuses qui semblaient laisser ces pauvres ignares d’humains indifférents. Ils devraient accorder un peu plus d’attention leur flair.

Fort heureusement la gamelle était pleine à l’hôtel.

Le lendemain direction la campagne. Plaisant, Ostia antica. J’étais libre de vagabonder à mon aise de talus en talus sans ma laisse. Pas beaucoup de collègues, pour ainsi dire aucun sinon un vague bâtard qui se roulait dans l’herbe, un pouilleux pour sûr, plein de puces (alors que je n’en ai pas moi !). Elle ne serait pas mise en tête de vouloir m’instruire de l’histoire de Rome les choses eussent été parfaites sous tous rapports. D’autant que son guide de 1963 est un peu vieillot dans sa présentation, enfin elle prétend délicieusement désuet. Chacun a sa façon de ressentir les choses. Je me garderai bien d’émettre un jugement sur ses lectures.

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fév 28 2009

Tess à Rome (1)

Published by Marie-Andrée under la ville

Rome, Rome, Rome…

Depuis le temps qu’Elle me cassait les oreilles avec son refrain. La plus belle ville du monde et tout et tout, les musées, les tableaux, Canova, Caravagge et les autres, La légèreté de l’air, un ciel plus bleu que bleu, des pins, parlons en des pins tu penses si elle me laissait sniffer à mon aise. J’t'en fiche ! L’étagère se remplit de bouquins d’art qu’Elle n’ouvre pas si souvent qu’elle veut bien le laisse paraître. Moi je vois tout depuis mon panier. Elle passe plus de temps à en rêver qu’à étudier. Enfin je ne prétends pas me montrer plus courageuse. Mais pour attirer son attention il faut que j’en fasse des grâces. Elle oublie même de remplir ma gamelle parfois. Si encore elle voulait bien s’installer sur son canapé et regarder la télé comme tout le monde avec moi qu’elle caresserait sur ses genoux. Mais non elle geek ! Enfin il parait que c’est ce qu’on dit.

Bref enfin Elle n’avait pas le choix il lui a bien fallu se décider à m’emmener à Rome. Pour ce faire n’a-t-Elle pas commencé à me laver ? Je vous demande un peu. Pour un peu Elle me brossait. Un peu long le voyage avec juste un petit pipi sur le macadam de la station essence pour toute pause. J’ai montré ma mauvaise humeur en refusant de boire dans la voiture. J’allais m’en mettre plein les moustaches. Bien fait G est resté comme un … avec la gamelle d’eau à la main pendant, je sais pas pendant puisqu’il parait que je n’ai pas la notion du temps.

Enfin les pavés. Hum que d’odeurs ! Alors là parlez moi de ça. Une ville avec des murailles odorantes, des poteaux, des poubelles même. Que de délices. J’en avais la tête qui tournait. Pas de chance d’un coup l’arrosage. Quel orage ! Pour ma mise en plis une catastrophe. Je savais bien qu’il ne fallait pas me baigner, ça sert à rien. Elle aurait pu me porter sous son parapluie.  Et pour arranger le tout la voilà qui disparait dans une église. Moïse, il parait qu’on l’a sauvé des eaux celui là. J’aurais aimé qu’on en fît autant pour moi en l’occurence. Que nenni ! De retour à l’hôtel j’ai tout de même été bien bouchonnée dans une grande couverture tandis que les chaussures étaient mises à sécher sur les radiateurs.

Fort heureusement le lendemain le soleil était revenu. A moi les bonnes odeurs. Je passe sur le trajet en métro, détestable, j’ai perdu toute dignité enfouie dans le blouson avec tous ces inconnus qui se moquaient de ma mine effarée.

ST Pierre m’a un peu déçue. D’abord il a fallu attendre les deux autres parce que, parait-il je n’avais pas droit moi à voir la Pieta. J’espérais au moins qu’on irait se promener mais non, rien du tout il a fallu attendre sur ces pavés presque vierge de toute odeur canine intéressante tandis qu’elle griffonnait en rêvassant.

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