Dans le cadre de ma formation autodidacte peinture italienne de la Renaissance j’ai abordé ce second jour de stage intensif avec sérénité. Nonobstant les tracas du quotidien, métro fermé pour une cause indéterminée je me suis rendue en ville en tram.
Non loin de Santa Maria delle Grazie il y a une église bien vilaine d’extérieur, juste à côté du musée archéologique. Mais le guide prétendait qu’elle était entièrement recouverte de fresques à l’intérieur. Fresques de Luini un des peintres de mon petit cénacle. Un régal, tout simplement magnifique, commencé par le père, terminé par les fils sous la direction d’un maître inconnu. San Maurizio al monastero maggiore. Je n’hésiterai plus à entrer dans les églises, même si c’est moche dehors. J’ai eu de la chance elle sera fermée du 17 mars au 5 mai pour des rénovations, un sport italien, d’ailleurs financé par le touring cub !
“Chi va piano, va sano, chi va sano, va lontano ” Je me consacre à la peinture du cinquecento dans un premier temps (disons entre 1400 et 1600 pour ratisser large). D’ailleurs à Milan il n’y a presque pas de peintres antérieurs. Ce sont les primitifs. On verra ça plus tard. Ils attendent depuis plus de cinq cent ans que je m’intéresse à eux il n’y a pas péril en la demeure.
Cette période c’est l’apothéose de la peinture italienne de la Renaissance, c’est Vinci, Raphaël, Tintoret, Botticelli, Titien, Luini, Bellini, Caravage, Carrache, Carpaccio, Coregge, Mantegna, Bonifacio de’Pitati, Bramante, Ferrari… J’en oublie qu’ils me pardonnent.
De Raphaël j’ai vu à la pinacothèque ambrosienne le carton préparatoire de l’école d’Athènes, tableau qui se trouve au Vatican et qui célèbre le triomphe de la sagesse antique. Il tient un mur entier dans une salle semi obscure pour faire ressortir le tracé du dessin. C’est impressionnant. Souvent à partir du carton créé par le maître les élèves de l’atelier (la bottega) faisaient la plus grande partie du travail. Le maître dirigeait, se réservait les parties nobles. Il y a aussi un dessin de Julio Romano, un de ses élèves dont j’ai admiré le palazzo Te à Mantoue.

Ce musée c’est la collection du cardinal Borromée qui dirigea la contre réforme depuis Milan. Il voulait que les peintres s’en inspirent pour oublier se guérir des extravagances du maniérisme et revenir à des tracés plus “purs” . Il accueillit Jean Bruegel, se fit son protecteur et on admire quelques unes de ses oeuvres. Et puis aussi une corbeille de fruits du Caravage, qui s’est formé à Milan et puis en passant le “portrait de musicien” de Vinci et le troisième Botticelli de Milan la vierge au baldaquin. mais celui que j’ai préféré entre tous c’est un “Jesus enfant et l’agneau” de Luini, tant il y a de douceur dans cette toile, ma soeur en serait folle. Il faut absolument que je lui en trouve une représentation.
Pour en revenir à Vinci il y a aussi un portrait d’une “dame aux perles”, Béatrice d’Este, épouse de Federico Sforza il moro, duc de Milan, qu’on lui a longtemps attribué mais c’est en fait l’un de ses élèves lombards. ( On m’y aurait pas dit j’y aurais cru moi aussi !). Elle est magnifique.
Quand le cardinal a fondé sa bibliothèque et pinacothèque son objectif était avant tout de défendre la position de l’église catholique face à la montée du protestantisme. La bibliothèque voulait démontrer qu’il n’y avait qu’une version officielle de la Bible.
Aujourd’hui elle compte quelques 600000 ouvrages dont 3000 incunables et 35000 manuscrits, quelques documents uniques comme le codex atlantico de Vinci, une Divine comédie de 1353 et le plus important fond européen de manuscrits arabes. Merci l’évêque. Depuis une des salles de la pinacothèque on a une vue plongeante sur la salle de travail de la bibliothèque.
Tout à la fin de la visite vous savez quand l’oeil blasé ne s’accroche plus aux toiles que vaguement il y a dans une vitrine la paire de gants que porta Napoléon à Waterloo, comment sont-ils arrivés à Milan ? Et un portrait de lui par Andrea Appiani.
Je n’ai plus qu’un jour de stage devant moi avec d’autres découvertes. Il restera à ne pas oublier tout cela.
Vue d’une cour intérieure du palais de l’ambrosienne.
