Archive for the 'hors les murs' Category

avr 22 2010

Et si on commençait par la fin ?

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Car Istanbul c’est Constantinople, c’est le début et la fin du voyage, alors quelques notes à la volée alors que j’avais le coeur lourd d’avoir vu repartir Benjamin dans son beau bus Havas. On dit à vache quand on cause le turc. En promenade depuis Taksim, j’ai pris tout d’abord le petit tram rétro d’Istiklal puis le tunnel et sa “ficelle” à la lyonnaise avant de traverser le pont de Galata à pied.
Ce mardi le soleil encore bien timide sort par instant des nuages gris qui masquent un ciel d’Istanbul bien boudeur alors qu’il faisait si chaud pour notre bain dans le sud moyen oriental. Assise sur un banc au pied de la “yeni camii” j’écoute les conversations sans rien comprendre sinon saisir parfois un mot qui se met à surnager tirant ça et là un petit fil de l’écheveau de la mémoire. La mienne est brouillonne comme le bruit ambiant : klaxons, moteurs, sirènes des bateaux, cris des mouettes, appels des petits vendeurs de presque rien. Confusion de sons, confusion de saveurs et d’odeurs. Les tulipes, lale, symboles de la Turquie sont à l’honneur à Istanbul, c’est la fête de la tulipe, 15.000.000 de bulbes plantés de partout par la mairie et importés de Hollande car on ne cultive plus la tulipe en quantité suffisante dans le pays. Lale, on la trouve représentée sur les faïences traditionnelles d’Iznik.
Tiens la Turquie a changé, elle ne fume plus dans les lieux publics, dans les restaurants ou hôtels. Elle fume dans la rue mais sans les attroupements que l’on voit devant les cafés en Italie par exemple. Magie d’un état policé (policier ?). peuple discipliné par la force publique, ha l’Europe certains doivent la maudire. Pauvres turcs, cette fois ne leur reste que le çay comme exutoire.
Je repars mais il me fallait bien ce temps de repos et deux çay après la visite du quartier des quincaillers, boueux, peu passionnant avec ses théories de robinets et ses cordes pour la marine, trompée par une fourbe indication lue dans le guide. J’ai rien vu et je sentais bien la curiosité des vendeurs pour cette touriste égarée dans un coin sans femmes non plus. Certes je n’étais pas à ma place et pour me consoler de ma déconvenue j’ai pris le chemin du grand bazar rêver devant les bijouteries.
Et plus tard après une rude montée dans ce quartier si populeux aux mille boutiques je repose mes pieds usés (qu’est ce que je souffre des pieds !) devant un nouveau çay, oui on risque aussi l’addiction je confirme. Que de belles occasions de dépenses pour tous les mauvais goûts. J’hésite entre un gros bracelet en argent ou un GROS pendentif. Mais je me sens épuisée d’avoir à négocier devant le vendeur qui dégaine la calculette magique, à gros chiffres, qui affiche les prix, les baisse, les change en euros pour faire croire que c’est moins cher que ce qu’on croyait.
Tiens un tout petit qui fait une belle tentative de fuite, mais il ne devrait pas hurler si fort devant son père qui s’épuise à le poursuivre. Le voilà capturé, embarqué, ficelé dans la poussette sous les rires des vendeurs. Non mais, c’est beau l’autorité paternelle, voilà la mère, le petit hurle de plus belle gigote et se débat. Il ne va se calmer qu’au sein à l’abri dans le café, chacun sa tasse de çay.
Attaque par la droite de l’Empire sous forme de trois corbeaux, mais maître yoda, tapi dans une boutique les fait s’égailler dans un grand frou frou d’ébène avec des croassements indignés.
Les pancartes d’interdiction de fumer ont fleuri comme les tulipes jusqu’au coeur du grand bazar mais dans un coin je vois bien un vieux récalcitrant qui tire sur son bout de poison.
A présent c’est un aveugle qui pousse une balance sur un chariot à roulettes, des fois que ça nous prendrait là, d’un coup, comme une urgence vitale, l’envie de savoir si on a grossi entre deux çay.
Le grand bazar scintille de mille feux. j’ai craqué. Tant pis. C’est le faste qui perdit Constantinople. Le désir et l’envie qui rongeait le coeur des barbares ont détruit la ville qui se venge en plumant les barbares.

2 responses so far

mar 08 2010

Segeste

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Qu’est ce qui rend la Sicile aussi fascinante ? Une conjonction de facteurs géographiques, climatiques, historiques. Deux lignes et on termine là à moins de vouloir détailler tous ces éléments en une liste exhaustive. Pourtant rien n’est dit parce que le mot fascinant outrepasse une description détachée, objective, inintéressante. Néanmoins quand le premier guide touristique de moindre qualité s’ouvre sur de petites images colorées et que sautent aux yeux les noms de Palerme, Syracuse, Etna, vallée des temples, style byzanto-normand, conjonction est ouest de Europe médiévale , l’esprit se met à vagabonder dans de vertes vallées herbeuses, rebondit sur les cascades d’oliviers aux tendres feuillage aux éclats d’argent, roule sous les feuillages sombres lisses et luisant des orangers , se vautre dans les embouchures marécageuses de ce que furent les fleuves siciliens misérables ruisseaux d’aujourd’hui. Les pluies hivernales vengent cette nature humiliée mais non brisée, les terrains s’effondrent, glissent, emportant les habitations des hommes sous l’oeil sévère jamais apaisé du volcan. Je ne connais pas encore l’Etna. Pour moi c’est toujours un mythe. J’attends cette rencontre alors qu’il ne m’attend pas lui.
Je n’ai vu qu’un tout petit bout de Sicile, du côté de la pointe ouest. Point n’est besoin de cocher site après site les émotions, les classifier mais prendre son temps, observer, juguler l’impatience dans une misérable gare routière dans l’attente d’un bus qui ne vient pas, changer de rythme de vie. Ce pourrait paraitre frustrant de se dire qu’on a pas pu faire la vallée des temples d’Agrigente, qu’on ne la connaîtra toujours que de nom, en image mais avoir pris le tortillard pour descendre dans une gare déserte, grimpé à pied le long d’une route à pas disons raisonnables, d’ailleurs emporté par l’élan au retour manqué prendre le mauvais embranchement pour se retrouver sur la bretelle d’accès à l’autoroute ; bref après une attente, de la fatigue et quelques déboires de moindre importance le spectacle d’un temple blond solitaire sur son escarpement vert coupe ce qui reste de souffle.
L’émotion était là, tapie sournoise à l’orée d’un virage.
Bien sûr je maîtrise les contraintes de mon métier de touriste : dégainer l’appareil photo, traquer la bonne lumière, l’angle favorable, engranger pour la mémoire de l’écran des instants qui seront figés mais gare à ne pas reléguer l’émotion derrière l’objectif, de toute façon comme son nom l’indique il reste en dehors du coup. Il faut apprendre à ranger l’appareil, voire subtilement à l’oublier à l’hôtel pour s’obliger à regarder, à fixer dans la mémoire les cannelures verticales de ces temps à jamais révolus. Segeste est un témoignage de l’opportunisme politique, projeté, initié en l’honneur de la déesse Athéna pour s’allier les bonnes grâces de la puissante Athènes contre , aîe, contre qui déjà ? Les cathaginois probablement qui avaient l’oeil posé sur la perle sicilienne. Les habitants de la cité de Segeste, des Elymes, peut être troyens, venus d’Asie Mineure ; ou bien ligures, celtes descendus du nord ; cherchent des alliés contre leur voisine Selinonte qui leur taille des croupières. L’alliance athénienne ne durera pas le temps d’achever le temple. Segeste n’est pas un temple en ruine mais l’ébauche d’un temple.
La cité de Segeste sera perdante au bout du compte, se fera dévorer par Syracuse, alliée à Sélinonte, aux carthaginois. Le temple sur l’escarpement témoigne paisiblement des renversements de l’histoire. Au fond de la vallée coule un de ces fleuves sicilien mutilé par les hommes. Il murmure plus qu’il ne rugit, une forêt verte épineuse méditerranéenne grimpe sur les flancs des collines, le soleil est fidèle au rendez vous. Le charme agit. Tout est réuni pour rêver. Segeste, temple qui ne servait à rien n’a pas été démonté. Bien sûr on en a pris quelques pierres et puis on l’a aussi restauré dès le XVIIIème siècle. Aujourd’hui encore il s’offre à mon admiration. Quelle chance merveilleuse !

One response so far

nov 06 2009

Palerme jour 1

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Ouf le soleil est revenu au moment où j’ouvre les yeux après une nuit assez mouvementée. Aucun problème pour arriver à l’hôtel, un taxi m’y a conduite à l’arrivée du bus. Il est sis au fond d’une grande cour dans un palais ancien aux planchers qui craquent. L’ odeur de moisi, assez légère me ramène en mémoire certains hôtels de Roumanie décatis avant l’heure, mais à l’inverse la chambre est très propre, un brin monacale mais les sanitaires tout neufs.

Seulement à l’instant où je me détends enfin entre les draps un claquement dans la nuit me fait ouvrir grand les mirettes. Un volet poussé par le vent ? Mais un second, puis un troisième coup, à des intervalles divers insinuent un certain doute. Déjà dans le bus de l’aéroport je croyais entendre le parrain donner des instructions par téléphone en sicilien de sa voix rauque (un pauvre vieux enroué quoi !). Au quatrième claquement je me lève et à quatre pattes je vais glisser un oeil sur la ruelle tranquille. Hum trop tranquille peut être, car soudain deux autres coups en rafale cette fois. Pas de doute quelque part, pas très loin on se tire dessus. Je file au lit. Silence ! Je n’ai rien vu.

Tôt le matin, agitation dans la ruelle, des moteurs, des exclamations. C’est le marché qui s’installe. Il a encore plu à verse un peu plus tôt mais c’est fini. L’optimisme revient et je me lance à l’assaut de la cité. Je marche par les rues, je descends au port, remonte par la place où se tient le marché des antiquaires avec un jardin où poussent des banians, sortes de figuiers avec des racines aériennes, vieux de dizaines d’années, extraordinaires. La flore est particulière sur cette île.

Ruelles de Palerme, la décrépitude des immeubles et pourtant c’est moins sinistre qu’en Roumanie, la faute au soleil ? Un canari s’époumone en chant d’amour sur un balcon chargé de plantes vertes, du linge pend immaculé. Comme d’habitude ma bille de clown fait rigoler le bébé qui s’agite dans la poussette à côté de moi. je suis fatiguée d’avoir erré dans les rues toute la matinée. C’est dimanche, la ville tourne au ralenti. J’ai très bien mangé dans un petit restaurant de la Vucciria ; la totale ; anti pasti, primo, secondo et roulez jeunesse ! Les antipasti choisis en cuisine, légumes préparés variés et délicieux, les spaghetti “alla navale”, les sardines grillées, le tout accompagné d’un petit blanc sicilien doré, gorgé de soleil. J’avoue je suis un peu pleine et je ferai bien la sieste.

Au café où je suis assise un moment plus tard le garçon ne vient pas prendre ma commande, tant pis, je n’ai pas le courage de bouger. Un moustique incroyablement audacieux m’a piqué entre deux doigts. J’y reviendrai aux nuisibles, un chapitre à ne pas manquer. Intriguée par mon petit carnet ma voisine se penche pour me demander ce que je fais, puis elle se présente, me présente sa copine qui s’appelle Maria comme moi, ça les amuse. Elle c’est Livia. On sympathise. Elles descendent leurs bières sans frémir, discutent si fort que je me demande si les balcons en face vont résister à de tels éclats de voix. Elle m’entraîne avec Maria à l’intérieur du petit troquet dans une salle bien sombre voir la “partita di calcio”. On est dimanche après midi et Palerme reçoit l’Udinese. 1ère mi temps dans la salle sombre. Elle m’offre de partager un joint mais je préfère en rester à mon café. Ce n’est pas de mon âge ces sottises là et puis déjà que la fumée de cigarette me fait tousser ! Finalement c’est un moment de sieste dans une semi obscurité (Non, personne ne m’a fait les poches) J’ai pas dormi mais je me sens reposée à l’entracte, non le temps de repos des joueurs entre deux mi temps, je ne sais plus comment on dit. Je m’en vais arpenter de nouveau les ruelles après avoir salué tout le monde. Je suis invitée à revenir bien sûr.

Le matin j’ai visité le palais Chiaramonte (Clermont ?), édifié par cette famille d’origine franque en 1320. A la décapitation de Manfred, en 1392, le palais devient résidence du vice roi espagnol puis au 16 ème siècle, le siège de l’inquisition engendrée dans les flancs des navires espagnols et déversée sur la Sicile qui n’en demandait pas tant, habituée à un mélange de toutes professions de foi depuis la conquête normande et l’éclat des Roger et des Guillaume. Dans une salle qui servait , on ne sait pas trop si c’était de geôle ou de tribunal, puisque à la fin du règne de l’inquisition tous les documents sont partis en fumée, chacun son tour de faire un autodafé n’est ce pas ? Bref dans cette salle au mur une fresque assez naïve représente une place de Palerme, dominée par une lune en croissant qui devrait se voiler la face car une fois suppliciés les coupables étaient suspendus autour de la place à des crocs de bouchers.

Dans ce palais, de nos jours siège du rectorat, le peintre Guttuso a fait don d’une toile qui représente le marché fameux de la Vucciria, une toile carrée de 3M sur 3M. Splendide éclatement de couleurs, une toile dont le sujet peut signifier la réconciliation du peuple de Palerme avec le palais, pour oublier les siècles noirs de l’inquisition. L’écrivain Andrea Camilleri ( le père de Montalbano) a écrit un récit s’inspirant de ce tableau. Il m’a fallu faire bon nombre de librairies à Palerme pour le trouver.

Le palais a une cour carrée superbe et dans la salle de réception le plafond de poutres de bois apparente est entièrement peint comme un livre d’images de scènes tirées aussi bien de la mythologie que de l’histoire sainte ou de l’histoire comme la prise de Jérusalem par les croisés. On voit des licornes, des miracles, Tristan et Iseult, le jugement de Salomon… Les juges de l’inquisition avaient fait voiler ce merveilleux plafond de noir mais “Deo gratias” ne l’ont pas détruit. La guide qui me fait visiter, je suis seule, me parle dans un merveilleux français teinté de moults italianismes puis nous passons ensuite à l’italien et elle me demande puisque je suis professeur quelle note je lui mettrais pour son niveau de français. Je lui vote l’excellence bien sûr. Elle est si gentille. Je lui ai juste appris qu’on disait Ferdinand 3 et non Ferdinand le troisième. Je n’ai pas osé lui demander ma propre note en italien. C’est un usager d’autobus terriblement bavard qui, après m’avoir décrit minutieusement tout ce que je devais voir en ville, m’a gentiment dit que je parlais si bien italien que je devrais postuler pour le concours de professeur de franças. Je pourrais ensuite trouver du travail dans un lycée de Palerme. En fait je ne réussissais pas à placer une phrase complète tant il était bavard. Il était content de trouver un de ces touristes étrangers qui le comprenait sans qu’il ne doive tout répéter avec force gestuelle.

One response so far

nov 04 2009

Palerme, le voyage

Published by Marie-Andrée under hors les murs

24 octobre Airbus A320 20h30

Et voilà toute seule, installée enfin sans voisins. Presque pas en retard. Parlons en du retard. Honte sur moi qui ai loupé mon vol pour m’être trompée d’aéroport. Pourtant j’étais très fière de moi d’avoir rejoint Linate avec la ligne de bus régulière à coût extrêmement bas. Un nouveau billet à ajouter à ma honte et 4heures d’attente dans l’aéroport pour ma punition. Grâce au commissaire Montalbano je n’ai pas trouvé le temps trop long. J’ai aussi prévenu l’hôtel sait on jamais ? Je devais arriver vers 19h et j’y serai à minuit. Je dois bien l’avouer c’est la première fois que j’ai un peu d’appréhension à voyager seule ; la faute à la terrible réputation de Palerme. A force d’en entendre ou lire la dangerosité je finis par me laisser influencer. N’aurai-je pas “magari”  loupé mon vol par un pur phénomène d’acte manqué ? Glorieuse incertitude du départ, s’arracher à la routine rassurante.

L’A320 est un gros moteur qui grimpe “poco a poco” avec un ronronnement puissant une fois passé le stress inévitable des virages sur l’aile au décollage. Beurk pourquoi ne vont-ils pas tout droit en bout de piste ? Ne vous donnez pas la peine de hausser les épaules, je sais. Je suis cruche au point de louper mon vol mais ça je le sais. Je n’insiste pas mais tout de même ils devraient monter tout droit. Un petit écran annonce 6800m puis à présent 7171m, le temps de l’écrire. La pente est rude. Les villages en bas ne sont plus que taches lumineuses de plus en plus floues. 8000 dépassé et voilà le service de bord avec son jus d’orange. Mince une mouche qui importe la grippe A, le chikoungougna ou je ne sais quoi en Sicile, passager clandestin ailé lui aussi qui n’aurait jamais rêver aller si haut. 9000 firmament limpide. Il pleut à Palerme mais ici pas trace de brume. 10000m. En dessous Florence, vague de lumière dans les collines. 10916m. Nous n’irons pas tutoyer les étoiles, déjà on commence à redescendre au dessus du Lazio romain. Thalassa ! Thalassa ! Un grand arc lumineux avant le noir absolu de la mer. Nous quittons la terre ferme pour la grande île. Tout est noir. Petit discours du commandant de bord qui annonce que le temps est meilleur ce soir à Palerme que dans la journée, nuageux, 20°, mais du vent, un vent propice qui nous a fait gagner quelques minutes sur l’horaire. Il semble tout content le commandant avec son bel accent milanais qui traîne sur les finales.

Et d’un coup les lumières de Palerme !

Mais quel menteur ce commandant. Il pleut à vache qui pisse !

One response so far

oct 11 2009

Bucarest : Bucuresti

Published by Marie-Andrée under hors les murs

30 ans. Ma mémoire s’est évaporée. Je reconnais sans reconnaître, des mots des expressions saisis au vol me reviennent. Pour un peu je parlerai roumain, Bucarest n’a pas changé. Non c’est toujours la ville sombre et triste sous la pluie que je connaissais, les trottoirs sont noirs défoncés déserts. Le coeur de la vie n’est pas au centre ville d’ailleurs Bucarest nie cette notion de centre. « Lipscani » aux rues défoncées, le vieux quartier. Il vaut mieux qu’il y fasse nuit s’en est tout de suite plus sympathique avec les terrasses animées des cafés. Même si on bouffe toujours aussi mal. Le « cashcaval » pané n’a plus tout à fait le même goût. Il faut dire qu’on ne trouvait que ça ou presque. Nous étions jeunes et nous nous n’avions pas faim.

Les vitrines sont sinistres vides comme au beau temps du bonheur socialiste. Les fils électriques plus nombreux que les appartements des immeubles décatis donnent une couleur tiers monde (indienne ?). Où donc s’est réfugié le petit Paris ? Dans les splendides chrysanthèmes vendus dans les petits kiosques inchangés, tenus par les mêmes vieilles paysannes à fichu colorés ? Pas au restaurant Capsha vieille institution où je n’ai pas osé mettre les pieds pour ne pas perdre la dernière étincelle liée au plaisir du souvenir. Par la fenêtre les tables vides avec des serveurs trop nombreux pour ne plus servir personne. Reste-il des clients ? J’ai préféré ne pas le vérifier.

Au retour du soleil apparaissent les bords du lac Erestrau, le musée du village, les nombreux parcs, les belles villas dans les longues avenues boisées comme le boulevard Kissilev ; je me régale de ces noms qui résonnent familièrement à mes oreilles. Tout n’est pas si affreux que la calea Victorei ou monstrueux comme le palais au nom maudit de Caucescu (Coescocu en traduction familiale) Les roumains ne l’aiment pas ce palais. Il leur rappelle bien trop la dictature, la folie du conducator, Danube de la pensée, Carpathe de l’intelligence. Le maudit qu’ils ont exécuté comme un chien. C’est moche à écrire mais je ne suis pas meilleure qu’une autre, c’est bien fait pour lui. Et pas seulement pour les destructions immobilières mais pour l’abomination faite à tout un peuple sous l’oeil morne de nos démocraties putassières. Et qu’aurait-il fallu faire ? Envoyer les GI ? Au moins ne pas encenser ce fou furieux. J’ai honte de voir la statue qu’il a érigée à De Gaulle qui certes ne pouvait présumer que le jeune maître de la Roumanie ne serait qu’un odieux fantoche. Tiens voilà que j’emploie un vocabulaire bien spécifique d’une autre sorte de dictature, par effet de dégoût.

Bref la plongée dans le passé était aussi déroutante que décevante. Je n’imaginais pas ce pays à ce point de décrépitude pour n’avoir pu se transformer encore. Mais ne murmure-t-on pas que l ’abominable, la terrible « securitate » conduit encore le pays ? Rien d’étonnant les maîtres de l’ombre sont restés au pouvoir, les purges insuffisantes sans doute la mafia succède à la mafia, s’auto régénère. Quand nous avons quitté ce pays nous racontions sans être crus qu’il lui faudrait plusieurs générations pour effacer les traces de l’anéantissement programmé par son dictateur et la machine à broyer les âmes mise en place à cet effet : La délation érigée en système de pouvoir. 30 ans c’est beaucoup et bien peu. Je me sens fatiguée; dépitée d’avoir eu raison. J’aurais aimé voir une plus grande volonté tournée vers l’avenir. Bien sûr depuis le douzième étage de notre luxueux hôtel la réalité semble moins décevante. Les grues, les chantiers fleurissent. S’achèveront-il ?

Six avions sur l’aéroport international et pas des gros ! Des hommes d’affaire s’agitent dans les couloirs du grand hôtel international, confortable aseptisé. Apportent-ils l’avenir ? Un avenir moins misérable ou sucent-ils les dernières miettes ?

Quatre jours d’air en boîte, climatisé, quatre nuits dans le lit le plus confortable jamais testé mais je repars avec au coeur un sentiment de frustration, de nostalgie contrariée dans la luxueuse limousine où le chauffeur dit qu’on fait des travaux mais que personne ne dirige rien en Roumanie, tout va au fil d’on ne sait quoi. Alors que nous étions coincés dans un embouteillage devant le fameux balcon, un autre nous a fait entendre, enregistré sur son téléphone portable la dernière tentative du dictateur pour se faire entendre quelques minutes avant la chute et l’écrasement total. Le chauffeur en est très fier. Il en répète les mots qu’il connait par coeur, se marre tout seul.

Je ne regrette pas de n’avoir pas pu faire du tourisme hors de Bucarest. J’aurais pu perdre la magie qui me reste des paysages merveilleux de ce pays. Mieux vaut garder ses souvenirs. Pourvu qu’on n’aille pas en stage à Sofia quelque jour. Je m’arrangerai pour prendre la grippe A. Ha Ha !

One response so far

mar 11 2009

Réflexions qui n’intéressent que moi

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Beauté, splendeur même de Saint Pierre, coeur de la chrétienté. Procure-t-il aujourd’hui plus qu’une émotion esthétique ? Aucune importance. Des empires magnifiques, des civilisations merveilleuses ont été englouties dans les affres de l’histoire. Rien ne garantit que ne disparaisse la chrétienté, 2000 ans, 20 siècles, 2 millénaires, ce n’est rien. L’humanité se perpétue de civilisations en civilisations qui se mêlent, se détruisent, s’annihilent, s’enrichissent de leurs différences. Aucun support ne résiste, aucune construction humaine. On a rasé les murs de Carthage, on y a répandu du sel. Sans le récit de ses féroces ennemis qu’en saurait-on ? L’écrit perpétue, mais l’écrit meurt aussi. Bonheur, plaisir, griserie de l’écrit, fantasme de la connaissance par l’écrit. L’écrit est fragile comme toute production humaine. L’écrit se dévoie. Il n’est que ce qu’en fait le lecteur au mépris parfois des intentions de l’auteur. A sa volonté s’oppose le raisonnement de l’autre. Qui croyait avoir été clair réalise un jour qu’il n’a créé qu’un immense malentendu. Sinon pourquoi serions nous toujours penchés sur les écrits des philosophes ? Ils ont voulu être clairs, démontrer. On en finit pas de gloser sur leurs intentions. Jeux de mots, jeux des mots, de petites lettres qui dansent devant l’oeil.

Rome, ville éternelle : parole de bateleur, exercice de style. Parlons style, parlons de l’orgueil des artistes.

Il vient un jour où l’homme ordinaire que nous sommes réalise que dans les foules anonyme un génie peut apparaître. Nous avons la sensation qu’il y en eut plus de par le passé mais un sociologue n’aurait pas de peine à démontrer chiffres en main que c’est une illusion. Il y a des hommes supérieurs, aux esprits puissants animés du souffle de la création. Chaque époque a ses modes d’expression et le temps élimine sans espoir ce qui n’est pas bien gardé.

Sa trace, laisser sa trace. Nous avons tous l’ambition de le faire. Le savaient-ils ? Etait-ce pour l’avenir, pour l’éternité que travaillait un Léonard, un Michelange, un Caravagge, un Canova ? Pour l’édification des masses à venir ou bien pour gagner leur croûte le mieux possible ? Il faut lire les mémoires de Benvenuto Cellini, immense artiste pour se rendre compte de l’orgueil incommensurable de ces artisans qui faisaient de leur mieux pour gagner leur pain quotidien en un monde sans allocation chômage. Ils répondaient à des commandes en honnêtes artisans, une madone, trois angelots et un Christ en croix avec le sentiment satisfait de la belle ouvrage.

Pas seulement. Le vrai génie nous enchante toujours. Faire de son mieux. Plus qu’une trace, un sillon droit. Ils n’ont pas changé le monde, l’ont tout juste illuminé d’une grâce individuelle, personnelle, unique. Ils sont grands alors que nous ne sommes nous autres humains ordinaires pas plus hauts que le pouce à l’aune des colonnes de Saint Pierre.

Voilà ma fille à quelles réflexions j’ai trompé mon attente quand tu visitais Saint Pierre, celles ci et le choix du parfum de la glace que je pourrais bien déguster ensuite. On se laisse si vite exalter en de pareils lieux.

No responses yet

oct 17 2008

Les sources

Published by Marie-Andrée under hors les murs

On aura beau faire, on aura beau dire, jouer les blasés il n’en reste pas moins qu’Athènes reste une part mythique de notre culture.

Alors depuis la terrasse de l’hotel on reste à siroter un verre de Retsiné en regardant le soleil décroitre sur le Pirée et la lune monter au dessus de l’acropole. Tout est dit.

No responses yet

juin 28 2008

D.

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Je n’ai pas épuisé tout ce que je voulais exprimer , alors je reprends. Pourquoi la main du David ? Parce qu’elle m’effraye, me gêne même par sa précision. On y voit détaillées les veines, les tendons apparents. Elle est quasiment celle d’un écorché de laboratoire. Elle permet de saisir la réalité des récits ; Michelange ou Léonard de Vinci penchés sur des corps sans vie, les autopsiant, les détaillant. Un peu “gore” comme vision. Mais on ne peut s’en choquer dans notre monde où les autopsies ont la part belle dans les feuilletons télévisés, bones, trash, crash ! Mots américains crus. Certaines scènes horrifiques du film les rivière pourpres qui m’ont choquées (du sens choc crac ! Violence ! non puritanisme) Mais les génies de la renaissance eux utilisaient ce matériau humain somme toute peu ragoûtant pour créer des merveilles, ce dont notre époque n’est plus guère capable.

Je suis allée quelques fois visiter des biennales d’art contemporain où à travers un fatras de gadgets risibles, au mieux, j’ai pu voir des photos d’artistes chinois représentant des amoncellements de cadavres ou des lambeaux de peau tatoués soigneusement découpés, immonde !

Alors David, malgré toutes les études de Michelange et bien David a une tête plus grosse que nature. Dame il plane au dessus de vous à plus de quatre mètres alors si on veut avoir une chance d’admirer la pureté de ses traits il fallait bien que l’artiste transforme la réalité. Un côté prosaïque avec la main droite qui repose sur la cuisse, cette main si détaillée si large, pas une main de jouvenceau, un côté gauche différent (Je l’ai lu quelque part) plus éthéré. Et au final une harmonie qui subjugue le regard. On a de la peine a s’en détacher. Il ne pourrait bien y avoir que ce David là dans tout le musée. J’y suis restée longtemps, assise sur un petit banc, écoutant vaguement la rumeur des groupes qui défilaient avec la litanie toujours recommencée des guides, en japonais, anglais, français, allemand, italien, espagnol, russe…. Et le refrain des gardiens du musée : “No photo please ! No photo !”

La reproduction sur papier est plate, creuse, vide, rien ne ressort de cette vie là. Je ne suis pas sûre que j’aimerais le voir se mettre en marche. (comme dans certaine nouvelle de Mérimée : la vénus d’Ille ou Pouchkine : le convive de pierre) Il est par trop impressionnant. Qu’est ce que ce serait si Michelange avait représenté le géant que David avait abattu !

Michelange aimait les hommes, moi aussi ça tombe bien.

One response so far

juin 10 2008

l’échappée belle

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Ou comment un week end de juin je délaissais tout pour m’en aller en promenade. J’en rêvais depuis longtemps et puis le temps… Etc…..

Premier indice : une rivière. Ha les villes avec rivières sont les plus belles.

Cette fois vous avez compris. C’est bien “le David”, enfin sa copie. J’ai aussi vu l’original au musée. Et puis les hordes touristiques sont bien présentes.

Florence !

J’y suis allée pour me gaver de peinture

Mais oui les “offices ” J’y étais. Bien sûr une heure d’attente, pourtant juste à l’ouverture le matin entre un couple de jeunes mariés brésiliens en voyage de noce et un couple de japonais peut-être eux aussi en voyage de noces. Moi je n’avais qu’un guide de papier, celui de ma maman. Le plan est encore exact, la ville n’a pas changé depuis 20 ans. Quelques portails électroniques de contrôle aux entrées des musées, peu de voitures. On a dû les chasser du centre touristique, des hordes japonaises derrière leur guide, une oreillette qui pendouille et l’appareil numérique tout petit. Au moins si ces oreillettes donnent à tous ceux qui les portent un petit air d’handicapés à l’oeil vide parce que concentrés sur le discours du guide au moins échappe-t-on en grande partie au dit discours. Les salles de musées en sont moins bruyantes.

Après l’attente, le bonheur, trois heures et demie de visite, d’un tableau l’autre, petit retour en arrière pour comparer, s’arrêter un moment pour noter une description, parce que des chefs d’oeuvres il y en a tant qu’il faut se concentrer férocement pour ne point tous les mélanger. J’ai commencé une collection d’annonciations. Mais aussi beaucoup d’adorations des mages. L’une d’elle particulièrement m’a frappée outre celle de Botticelli, une où les adorateurs ont de véritables trognes, non point de ces visages lisses et beaux. Ce sont des gens du peuple que l’artiste a voulu représenter parce que justement dans cette adoration on voit Jean de Médicis repousser la couronne pour conserver son pouvoir à la commune de Florence. Lippi. je ne connaissais pas Lippi, à présent un petit peu mais je suis encore effrayée de tout ce que j’ai à mémoriser. Et puis le lendemain au palais Médicis une vierge à l’enfant de Lippi. Je n’ose pas commencer une collection de vierges à l’enfant. je n’aurai pas assez de murs ou de cahiers pour mettre mes cartes postales.

Lippi toujours : une descente de la croix, pas facile à équilibrer ce sujet. Là à propos d’équilibre il y a deux personnages juchés sur des échelles (des noms connus parait-il, Joseph d’Arimathé ?), en bas un petit groupe avec une vierge effondrée avec grâce. Le corps du supplicié lui glisse lentement, abandonné dans la mort. Et sur le bord de la croix flotte une curieuse écharpe rose qui attire le regard vers le ciel. Je revois celle que j’ai vue à Rome de crucifixion, du Tintoret, grouillante de personnages avec même l’un des larrons à côtés du Christ qui se tord le cou pour observer à son aise deux soldats qui jouent aux dés. Moult croupes de chevaux, des cavaliers, des drapeaux qui flottent, rouges !

J’aime le Tintoret, j’aime Luini, j’aime Raphaël, Botticelli plus que Raphaël, je préfère même les ailes de l’ange de l’annonciation de Botticelli à celles de Vinci. Il peut voler pour de vrai à mon avis cet ange là, son lys à la main. J’aime Julio Romano au palazzo Te. J’aime le tableau de Bellini des ambassadeurs. Et le cycle de Saint Mathieu du Caravagge si effrayant parfois Bref je crois bien que j’aime la peinture de la Renaissance.

No responses yet

mai 14 2008

schtroumph

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Nom d’un schtroumph ! Moi qui croyais que ça n’existait que dans la forêt des s….. Par chance on a pas vu Gargamel dans son château. Azraël aurait pu faire peur à mon chien.

 

One response so far

Next »