Comme je vais finir par devenir lassante avec mes émerveillements ; genre : “Tiens ! encore un billet du “ravi” de la crèche !” je ne vous décrirai pas la Chartreuse de Pavie et pourtant ! J’ai éprouvé une émotion esthétique profonde devant ce bijou. Je n’ai pas de photo car je n’ai pas encore réussi à les transférer depuis mon téléphone ; je parviens tout de même à appeler, c’est pas gagné du départ étant donné la sophistication du jouet, répondre c’est moins sûr car je l’oublie toujours au fond du sac rangé dans le placard fermé à clé du bureau où je ne suis pas toujours assise devant mon ordinateur. J’use mes semelles dans les couloirs de l’établissement…
Ha oui ! La Chartreuse. Bien sûr pour cause de travaux la façade est à demi recouverte par un échafaudage disgracieux. Ma collègue m’avait bien prévenue : “Il faut choisir un jour d’hiver où la lumière rasante et douce fait plus encore ressortir toutes les nuances des marbres roses, verts et blancs veinés de brun ou même très sombres.” Vous allez faire comme moi ouvrir une page internet et imaginer.
Il faisait diablement froid et le moine qui attendait les touristes de passage était chaudement couvert de son anorak sur la robe de bure, blanche et noire. Il nous a expliqué qu’un chartreux, en robe blanche lui, ne pourrait faire visiter à cause de leur voeu de silence. Pas lui, je peux vous l’assurer. Là je vous renvoie à un certain film sur le silence des chartreux.
Or donc sous sa conduite nous visitâmes, quelques touristes italiens et moi-même, il fallait bien une étrangère au moins. Je suis restée discrètement anonyme en ne revendiquant pas mon origine française car par deux fois j’eus certainement rougi sous les regards accusateurs. Tout d’abord devant les gisants de marbre du duc Lodovico il moro et de la belle Béatrice d’Este son épouse, à sa tendresse trop tôt arrachée, alors qu’elle-même n’avait pas réussi à l’arracher à la tendresse de ses maîtresses. Bref le malheureux duc dis-je est mort en France, au château de Loche, vaincu, emprisonné et assassiné par les français. Qu’il ait pour sa part assassiné son frère et son neveu pour prendre le pouvoir est somme toute accessoire face à l’outrage français. Les gisants sont très beaux en marbre blanc de Carrare et la voûte de l’église toute en lapis lazulis scintille au premier rayon de soleil. Lodovico il moro a gagné une part d’éternité. Il y a d’autres trésors exposés, en face des Sforza un transept Visconti. C’est GianMaria Visconti qui a commandé la construction de la chertreuse. Mais une fois encore la France doit rougir, même si la Chartreuse justement a été l’une des inspiratrices du mouvement de la Renaissance chez nous. Napoléon ce sagouin, il n’y a pas d’autre terme, le propos du moine, malgré son indignation a été plus mesuré, mais je n’hésite pas à renchérir. Ce sagouin donc a fait entrer les chevaux de sa garde dans l’église et ces sales bêtes ont massacré le sol de marbre qu’il a fallu refaire. Quelle honte ! C’est depuis la Chartreuse, après le désastre de Pavie, que François 1er, prisonnier, a écrit à sa mère “tout est perdu fort l’honneur”, Napoléon y a remédié on a aussi perdu l’honneur à Pavie, par les méfaits de sa soldatesque.
Un petit tour dans le petit cloître puis le grand, les cellules, le réfectoire orné d’une “scène” école de Vinci et nous voici au terme de la visite. N’oubliez pas le guide s’il vous plaît ! Ha il doit appartenir à un ordre mendiant !
Je plaisante on ne rechigne pas à verser son obole au passage. Grand merci pour ce beau moment ! J’y retournerai surveiller les “lavori in corso” jusqu’à ce qu’on me dévoile la façade. (Elle a peut-être été taguée par des sbires français)