Archive for juillet, 2008

juil 22 2008

infini, horizon

Published by Marie-Andrée under le temps passe

L’infini : deux petits symboles mathématiques, plus l’infini, moins l’infini. On tend vers l’un ou l’autre mais j’en ai peu apprécié la poésie lorsque je peinais sur ces fonctions ou dérivées qui tendaient hélas le plus souvent pour moi vers le zéro absolu. Curieux, il m’arrive parfois d’avoir la nostalgie de ces jeux intellectuels et l’illusion que je serai plus à même de comprendre. J’ai parfois faim de logique.

L’horizon : Je lisais tout à l’heure un texte extrait d’une revue littéraire au titre alléchant pour une voyageuse « cahier de géopoétique ». Je me retrouve dans bon nombre de ces textes. L’un d’eux a éveillé chez moi le tintement des choses vues, tributaires d’une mémoire parcellaire, paresseuse, endormie. Il parlait d’horizon.

J’ai choisi d’habiter une maison où l’horizon est ouvert riche partant du Rhône jusqu’aux Alpes, mauvais signe lorsqu’on les voit la pluie n’est pas loin. Mais peu importe, le fleuve emporte le regard au loin vers le sud, à l’appel de la Méditerranée. Du nord le Rhône s’en vient serpentin depuis Vienne calée au creux de ses collines. Le vent y souffle du nord chassant les nuages prenant son élan pour se muer en mistral au fil de la vallée, y souffle du sud faisant claquer portes et fenêtres, arrachant le linge des fils. Le regard peut voyager, errer, libre. Je détesterai vivre au fond d’une vallée, j’y étoufferai.

A Ankara, nous habitions un quartier sur une petite hauteur. Je voyais les maisons, les immeubles, les quartiers des “gacukondo” contenus par des montagnes pelées affreusement arides et déchiquetées, un désert de roches, contraste brutal avec la ville grouillante d’humanité sise au pied : une étrange barrière d’horizon, parce que derrière s’étend l’infini de l’Anatolie : collines et collines dorées qui ondoient sous les caresses du vent. Plus de barrière pour l’oeil sur des dizaines et des dizaines de kilomètres, road movies américains, sensation d’ étrangeté. Le plus surprenant, ces piétons qui apparaissent, venus de nulle part, marchant le long de la route alors qu’il n’y a rien, aucun but visible ; seul le fil noir du bitume s’étire d’une colline l’autre accompagné des poteaux de téléphone. Collines d’Anatolie, souvenir fort.

Infini toujours depuis les châteaux cathares.

 

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juil 19 2008

Plages

Published by Marie-Andrée under le temps passe

C’est l’été, le temps du farniente sur la plage en bord de mer.

Atlantique : île d’Oléron . Marée basse, traces sur le sable, vent. Je m’abrite entre deux rochers des épis qui protègent la plage.

Je marchais, je voyais les vagues courir vers la plage, les petites pierres sous mes pieds, les minuscules rivières qui creusaient un lacis de petits deltas arborescents où l’eau, après s’être frayé un chemin au pied des ravines, faisait de chaque dessin un dessin unique…”

Comment dire mieux que Golovanov dans son “éloge des voyages insensés” même s’il est dans le grand nord ?

Atlantique : île de Ré. Marée basse, l’estran promenade sur les algues vertes et rouges, lumineuses, visqueuses, eau miroir, transparente. La vie est à cachée, frémissante, l’origine du monde. Comme un fleuve torrentueux, féroce l’eau s’écoule des marais, emportant les infimes sédiments d’argile.

Méditerranée : embouchure du Xanthe. Les eaux du fleuve se mêlent à la mer. La barre qu’on franchit avec le kayak dans des cris d’effroi exagérés. Remontée du fleuve vers le passé.

Légende du fleuve Xanthe racontée par Homère (chant XXI) traduction Leconte de Lisle 1866

“Il parla ainsi, et sur Akhilleus il se rua tout bouillonnant de fureur, plein de bruit, d’écume, de sang et de cadavres. Et l’onde pourprée du fleuve tombé de Zeus se dressa, saisissant le Pèléide. Et, alors, Hèrè poussa un cri, craignant que le grand fleuve tourbillonnant engloutît Akhilleus, et elle dit aussitôt à son fils bien-aimé Hèphaistos :

Va, Hèphaistos, mon fils ! combats le Xanthos tourbillonnant que nous t’avons donné pour adversaire. Va ! allume promptement tes flammes innombrables. Moi, j’exciterai, du sein de la mer, la violence de Zéphyros et du tempétueux Notos, afin que l’incendie dévore les têtes et les armes des Troiens. Et toi, brûle tous les arbres sur les rives du Xanthos, embrase-le lui-même, et n’écoute ni ses flatteries, ni ses menaces ; mais déploie toute ta violence, jusqu’à ce que je t’avertisse ; et, alors, éteins l’incendie infatigable.

Elle parla ainsi, et Hèphaistos alluma le vaste feu qui, d’abord, consuma dans la plaine les nombreux cadavres qu’avait faits Akhilleus. Et toute la plaine fut desséchée, et l’eau divine fut réprimée. De même que Boréas, aux jours d’automne, sèche les jardins récemment arrosés et réjouit le jardinier, de même le feu dessécha la plaine et brûla les cadavres. Puis, Hèphaistos tourna contre le fleuve sa flamme resplendissante ; et les ormes brûlaient, et les saules, et les tamaris ; et le lôtos brûlait, et le glaïeul, et le cyprès, qui abondaient tous autour du fleuve aux belles eaux. Et les anguilles et les poissons nageaient çà et là, ou plongeaient dans les tourbillons, poursuivis par le souffle du sage Hèphaistos. Et la force même du fleuve fut consumée, et il cria ainsi :

- Hèphaistos ! aucun des Dieux ne peut lutter contre toi. Je ne combattrai point tes feux brûlants. Cesse donc. Le divin Akhilleus peut chasser tous les Troiens de leur ville. Pourquoi les secourir et que me fait leur querelle ?

Il parla ainsi, brûlant, et ses eaux limpides bouillonnaient. De même qu’un vase bout sur un grand feu qui fond la graisse d’un sanglier gras, tandis que la flamme du bois sec l’enveloppe ; de même le beau cours du Xanthos brûlait, et l’eau bouillonnait, ne pouvant plus couler dans son lit, tant le souffle ardent du sage Hèphaistos la dévorait. Alors, le Xanthos implora Hèrè en paroles rapides :

- Hèrè ! pourquoi ton fils me tourmente-t-il ainsi ? Je ne suis point, certes, aussi coupable que les autres Dieux qui secourent les Troiens. Je m’arrêterai moi-même, si tu ordonnes à ton fils de cesser. Et je jure aussi de ne plus retarder le dernier jour des Troiens, quand même Troiè périrait par le feu, quand même les fils belliqueux des Akhaiens la consumeraient tout entière !

Et la Déesse Hèrè aux bras blancs, l’ayant entendu, dit aussitôt à son fils bien-aimé Hèphaistos :

- Hèphaistos, arrête, mon illustre fils ! Il ne convient pas qu’un Dieu soit tourmenté à cause d’un homme.

Elle parla ainsi, et Hèphaistos éteignit le vaste incendie et l’eau reprit son beau cours ; et la force du Xanthos étant domptée, ils cessèrent le combat ; et, bien qu’irritée, Hèrè les apaisa tous deux…”

En amont les cités de Lycie, quelques pierres déchiquetées, magie du marbre et de la pierre enfouie dans la nature conquérante, sous les sables, dans les marécages ou les falaise rocheuses. La Lycie, petit état d’Asie mineure passée comme tant d’autres sous la domination perse puis grecque, elle se rendit au grand Alexandre, puis romaine, puis byzantine, puis turque ; d’empire en empire ; Résumé anatolien.

Notre campement est installé au coeur d’un buisson de lauriers roses. Nous sommes seuls, loin de tout au bord d’une immense plage blonde. Sur la plage un rameau arraché d’un palmier a été apporté par le fleuve qui roule paisiblement. Pour m’amuser je l’agite et une couleuvre en tombe. Terrifiée je fais un bond en arrière alors que la bestiole aussi terrifiée que moi glisse vers l’eau où elle trouve refuge. Ne reste qu’une trace sinueuse sur le sable et la peur qui agite mon coeur.

Turquie ; le temps a-t-il réellement une prise sur ces terres ? Il ne laisse que l’empreinte de quelques pierres.

Méditerranée : sud de la Turquie. Akdeniz, mer blanche, Kiz Kalesi le château de la jeune fille, l’hiver. Plage de galets et de coquillages. Le vent est froid, la pluie fine. Au pied du château les vagues grises méchantes courtes écumeuses. Rires et cavalcades des enfants sur les remparts ? Citadelle romaine, byzantine pour protéger la côte des incursions de pirates, puis repaire de ces mêmes pirates.

Un roi à qui on avait prédit que sa fille mourrait mordue par un serpent fit construire ce château afin de la mettre à l’abri. Le serpent se glissa dans une corbeille de fruits. On ne lutte pas contre les Moires.

• Clotho filait les jours et les événements de la vie.
• Lachesis enroulait le fils et tirait le sort de chacun.
• Atropos coupait avec ses ciseaux le fil de la vie.

Mer Noire : Plage étroite noire, roches rouges, eau glaciale, déchets. Couleurs violentes, irréelles.

Méditerranée : Ligurie : grotte de lord Byron, romantisme des brumes se déchirant aux rochers.

Océan indien : chaleur, marée basse, bassines d’eau chaude, petits poissons multicolores.

Tant de rivages et chacun une parcelle de mémoire, une miette de bonheur.

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juil 18 2008

Balade parisienne

Published by Marie-Andrée under la ville

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Quelle sotte idée que de vouloir visiter le Louvre un mardi. Voyons, c’est insensé. Je me suis cassé le nez sur la porte fermée.

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Donc changement de programme, traversée des jardins en direction de la Seine. Au loin un petit morceau de Tour Eiffel. Passage du fleuve sur un pont de bois, un saxophoniste joue “summertime” au fil de l’eau verte qui court. Inflation de bateaux-mouches.

 

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En face le musée d’Orsay est ouvert au vu de la longue queue de touristes. J’ai fait la queue aux “offices” à Florence, une heure pour Botticelli et confrères, à “l’académia” pour les fesses du David une demi-heure. J’aurai bien fait la queue au Louvre mais là je n’en ai pas envie. L’heure du musée est passée. En plus c’est une expo sur la photographie qui a la vedette. Ce n’est pas ce que je préfère.

 

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Descente du boulevard Saint Germain, lèche vitrine entre les gouttes. Je suis très fière de mon allure parisienne car je ne cesse de donner des renseignements aux touristes égarés, enfin du moins lorsque je sais. L’écume des pages librairie parisienne avec des titres vus nulle part ailleurs, des planchers qui craquent, du silence.Arrivée au café de Flore. Je me glisse à l’intérieur, passant à côté d’un groupe qui hésite. ” Irons nous à l’intérieur avec les bourgeois ou en terrasse avec les touristes ? ” Va pour les bourgeois !

Je trouve place à côté d’un célèbre écrivain qui fait beaucoup de bruit, sort un magazine avec un article et sa photo. Il aime visiblement qu’on le remarque. Par contre j’ai commandé un club sandwich plus haut que large que ma bouche, délicieux avec des tomates sans trop de mayonnaise et diable que c’est donc difficile à manger sans en mettre de partout. Miracle pas de taches sur la veste beige ni le plastron orange.

Autre miracle pas d’ampoules dans mes escarpins.

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Dommage pour l’hôtel de Cluny et son musée du Moyen Age mais on est mardi ne l’oubliez pas.

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Quelques errances et trois librairies plus loin me voici devant Notre Dame.

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Fin de l’errance, métro et retour à l’hôtel reprendre des forces.

 

 

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juil 18 2008

éloge du voyage

Published by Marie-Andrée under lectures

Ce n’était pas même du vent, c’était la révolte d’âpres forces nocturnes, exaspérées par la soudaine allégresse d’un été éclatant là où elles régnaient en maître. Révolte qui, après avoir écrasé, dompté, toute cette tiédeur, tous ces souffles légers qui à présent striaient le ciel, envoyait au combat ses lourdes escadrilles de nuages. Ô grand nord ! Tes vents, rabatteurs sauvages, de leur fouet déchirent tout sur leur passage. Leurs hordes, surgissant des champs polaires enveloppés de nuées et de brouillard, font irruption dans la course estivale et ne connaissent pas de pitié.

En un instant, le tendre été de Kolgouev fut piétiné, et l’île plongea dans les ténèbres.

Vassili Golovanov « Eloge des voyages insensés »

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