C’est l’été, le temps du farniente sur la plage en bord de mer.
Atlantique : île d’Oléron . Marée basse, traces sur le sable, vent. Je m’abrite entre deux rochers des épis qui protègent la plage.
“ Je marchais, je voyais les vagues courir vers la plage, les petites pierres sous mes pieds, les minuscules rivières qui creusaient un lacis de petits deltas arborescents où l’eau, après s’être frayé un chemin au pied des ravines, faisait de chaque dessin un dessin unique…”
Comment dire mieux que Golovanov dans son “éloge des voyages insensés” même s’il est dans le grand nord ?
Atlantique : île de Ré. Marée basse, l’estran promenade sur les algues vertes et rouges, lumineuses, visqueuses, eau miroir, transparente. La vie est à cachée, frémissante, l’origine du monde. Comme un fleuve torrentueux, féroce l’eau s’écoule des marais, emportant les infimes sédiments d’argile.
Méditerranée : embouchure du Xanthe. Les eaux du fleuve se mêlent à la mer. La barre qu’on franchit avec le kayak dans des cris d’effroi exagérés. Remontée du fleuve vers le passé.
Légende du fleuve Xanthe racontée par Homère (chant XXI) traduction Leconte de Lisle 1866
“Il parla ainsi, et sur Akhilleus il se rua tout bouillonnant de fureur, plein de bruit, d’écume, de sang et de cadavres. Et l’onde pourprée du fleuve tombé de Zeus se dressa, saisissant le Pèléide. Et, alors, Hèrè poussa un cri, craignant que le grand fleuve tourbillonnant engloutît Akhilleus, et elle dit aussitôt à son fils bien-aimé Hèphaistos :
Va, Hèphaistos, mon fils ! combats le Xanthos tourbillonnant que nous t’avons donné pour adversaire. Va ! allume promptement tes flammes innombrables. Moi, j’exciterai, du sein de la mer, la violence de Zéphyros et du tempétueux Notos, afin que l’incendie dévore les têtes et les armes des Troiens. Et toi, brûle tous les arbres sur les rives du Xanthos, embrase-le lui-même, et n’écoute ni ses flatteries, ni ses menaces ; mais déploie toute ta violence, jusqu’à ce que je t’avertisse ; et, alors, éteins l’incendie infatigable.
Elle parla ainsi, et Hèphaistos alluma le vaste feu qui, d’abord, consuma dans la plaine les nombreux cadavres qu’avait faits Akhilleus. Et toute la plaine fut desséchée, et l’eau divine fut réprimée. De même que Boréas, aux jours d’automne, sèche les jardins récemment arrosés et réjouit le jardinier, de même le feu dessécha la plaine et brûla les cadavres. Puis, Hèphaistos tourna contre le fleuve sa flamme resplendissante ; et les ormes brûlaient, et les saules, et les tamaris ; et le lôtos brûlait, et le glaïeul, et le cyprès, qui abondaient tous autour du fleuve aux belles eaux. Et les anguilles et les poissons nageaient çà et là, ou plongeaient dans les tourbillons, poursuivis par le souffle du sage Hèphaistos. Et la force même du fleuve fut consumée, et il cria ainsi :
- Hèphaistos ! aucun des Dieux ne peut lutter contre toi. Je ne combattrai point tes feux brûlants. Cesse donc. Le divin Akhilleus peut chasser tous les Troiens de leur ville. Pourquoi les secourir et que me fait leur querelle ?
Il parla ainsi, brûlant, et ses eaux limpides bouillonnaient. De même qu’un vase bout sur un grand feu qui fond la graisse d’un sanglier gras, tandis que la flamme du bois sec l’enveloppe ; de même le beau cours du Xanthos brûlait, et l’eau bouillonnait, ne pouvant plus couler dans son lit, tant le souffle ardent du sage Hèphaistos la dévorait. Alors, le Xanthos implora Hèrè en paroles rapides :
- Hèrè ! pourquoi ton fils me tourmente-t-il ainsi ? Je ne suis point, certes, aussi coupable que les autres Dieux qui secourent les Troiens. Je m’arrêterai moi-même, si tu ordonnes à ton fils de cesser. Et je jure aussi de ne plus retarder le dernier jour des Troiens, quand même Troiè périrait par le feu, quand même les fils belliqueux des Akhaiens la consumeraient tout entière !
Et la Déesse Hèrè aux bras blancs, l’ayant entendu, dit aussitôt à son fils bien-aimé Hèphaistos :
- Hèphaistos, arrête, mon illustre fils ! Il ne convient pas qu’un Dieu soit tourmenté à cause d’un homme.
Elle parla ainsi, et Hèphaistos éteignit le vaste incendie et l’eau reprit son beau cours ; et la force du Xanthos étant domptée, ils cessèrent le combat ; et, bien qu’irritée, Hèrè les apaisa tous deux…”

En amont les cités de Lycie, quelques pierres déchiquetées, magie du marbre et de la pierre enfouie dans la nature conquérante, sous les sables, dans les marécages ou les falaise rocheuses. La Lycie, petit état d’Asie mineure passée comme tant d’autres sous la domination perse puis grecque, elle se rendit au grand Alexandre, puis romaine, puis byzantine, puis turque ; d’empire en empire ; Résumé anatolien.
Notre campement est installé au coeur d’un buisson de lauriers roses. Nous sommes seuls, loin de tout au bord d’une immense plage blonde. Sur la plage un rameau arraché d’un palmier a été apporté par le fleuve qui roule paisiblement. Pour m’amuser je l’agite et une couleuvre en tombe. Terrifiée je fais un bond en arrière alors que la bestiole aussi terrifiée que moi glisse vers l’eau où elle trouve refuge. Ne reste qu’une trace sinueuse sur le sable et la peur qui agite mon coeur.
Turquie ; le temps a-t-il réellement une prise sur ces terres ? Il ne laisse que l’empreinte de quelques pierres.
Méditerranée : sud de la Turquie. Akdeniz, mer blanche, Kiz Kalesi le château de la jeune fille, l’hiver. Plage de galets et de coquillages. Le vent est froid, la pluie fine. Au pied du château les vagues grises méchantes courtes écumeuses. Rires et cavalcades des enfants sur les remparts ? Citadelle romaine, byzantine pour protéger la côte des incursions de pirates, puis repaire de ces mêmes pirates.
Un roi à qui on avait prédit que sa fille mourrait mordue par un serpent fit construire ce château afin de la mettre à l’abri. Le serpent se glissa dans une corbeille de fruits. On ne lutte pas contre les Moires.
• Clotho filait les jours et les événements de la vie.
• Lachesis enroulait le fils et tirait le sort de chacun.
• Atropos coupait avec ses ciseaux le fil de la vie.
Mer Noire : Plage étroite noire, roches rouges, eau glaciale, déchets. Couleurs violentes, irréelles.

Méditerranée : Ligurie : grotte de lord Byron, romantisme des brumes se déchirant aux rochers.
Océan indien : chaleur, marée basse, bassines d’eau chaude, petits poissons multicolores.
Tant de rivages et chacun une parcelle de mémoire, une miette de bonheur.