mar 11 2009
Réflexions qui n’intéressent que moi
Beauté, splendeur même de Saint Pierre, coeur de la chrétienté. Procure-t-il aujourd’hui plus qu’une émotion esthétique ? Aucune importance. Des empires magnifiques, des civilisations merveilleuses ont été englouties dans les affres de l’histoire. Rien ne garantit que ne disparaisse la chrétienté, 2000 ans, 20 siècles, 2 millénaires, ce n’est rien. L’humanité se perpétue de civilisations en civilisations qui se mêlent, se détruisent, s’annihilent, s’enrichissent de leurs différences. Aucun support ne résiste, aucune construction humaine. On a rasé les murs de Carthage, on y a répandu du sel. Sans le récit de ses féroces ennemis qu’en saurait-on ? L’écrit perpétue, mais l’écrit meurt aussi. Bonheur, plaisir, griserie de l’écrit, fantasme de la connaissance par l’écrit. L’écrit est fragile comme toute production humaine. L’écrit se dévoie. Il n’est que ce qu’en fait le lecteur au mépris parfois des intentions de l’auteur. A sa volonté s’oppose le raisonnement de l’autre. Qui croyait avoir été clair réalise un jour qu’il n’a créé qu’un immense malentendu. Sinon pourquoi serions nous toujours penchés sur les écrits des philosophes ? Ils ont voulu être clairs, démontrer. On en finit pas de gloser sur leurs intentions. Jeux de mots, jeux des mots, de petites lettres qui dansent devant l’oeil.
Rome, ville éternelle : parole de bateleur, exercice de style. Parlons style, parlons de l’orgueil des artistes.
Il vient un jour où l’homme ordinaire que nous sommes réalise que dans les foules anonyme un génie peut apparaître. Nous avons la sensation qu’il y en eut plus de par le passé mais un sociologue n’aurait pas de peine à démontrer chiffres en main que c’est une illusion. Il y a des hommes supérieurs, aux esprits puissants animés du souffle de la création. Chaque époque a ses modes d’expression et le temps élimine sans espoir ce qui n’est pas bien gardé.
Sa trace, laisser sa trace. Nous avons tous l’ambition de le faire. Le savaient-ils ? Etait-ce pour l’avenir, pour l’éternité que travaillait un Léonard, un Michelange, un Caravagge, un Canova ? Pour l’édification des masses à venir ou bien pour gagner leur croûte le mieux possible ? Il faut lire les mémoires de Benvenuto Cellini, immense artiste pour se rendre compte de l’orgueil incommensurable de ces artisans qui faisaient de leur mieux pour gagner leur pain quotidien en un monde sans allocation chômage. Ils répondaient à des commandes en honnêtes artisans, une madone, trois angelots et un Christ en croix avec le sentiment satisfait de la belle ouvrage.
Pas seulement. Le vrai génie nous enchante toujours. Faire de son mieux. Plus qu’une trace, un sillon droit. Ils n’ont pas changé le monde, l’ont tout juste illuminé d’une grâce individuelle, personnelle, unique. Ils sont grands alors que nous ne sommes nous autres humains ordinaires pas plus hauts que le pouce à l’aune des colonnes de Saint Pierre.
Voilà ma fille à quelles réflexions j’ai trompé mon attente quand tu visitais Saint Pierre, celles ci et le choix du parfum de la glace que je pourrais bien déguster ensuite. On se laisse si vite exalter en de pareils lieux.




