Archive for mars, 2010

mar 08 2010

Segeste

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Qu’est ce qui rend la Sicile aussi fascinante ? Une conjonction de facteurs géographiques, climatiques, historiques. Deux lignes et on termine là à moins de vouloir détailler tous ces éléments en une liste exhaustive. Pourtant rien n’est dit parce que le mot fascinant outrepasse une description détachée, objective, inintéressante. Néanmoins quand le premier guide touristique de moindre qualité s’ouvre sur de petites images colorées et que sautent aux yeux les noms de Palerme, Syracuse, Etna, vallée des temples, style byzanto-normand, conjonction est ouest de Europe médiévale , l’esprit se met à vagabonder dans de vertes vallées herbeuses, rebondit sur les cascades d’oliviers aux tendres feuillage aux éclats d’argent, roule sous les feuillages sombres lisses et luisant des orangers , se vautre dans les embouchures marécageuses de ce que furent les fleuves siciliens misérables ruisseaux d’aujourd’hui. Les pluies hivernales vengent cette nature humiliée mais non brisée, les terrains s’effondrent, glissent, emportant les habitations des hommes sous l’oeil sévère jamais apaisé du volcan. Je ne connais pas encore l’Etna. Pour moi c’est toujours un mythe. J’attends cette rencontre alors qu’il ne m’attend pas lui.
Je n’ai vu qu’un tout petit bout de Sicile, du côté de la pointe ouest. Point n’est besoin de cocher site après site les émotions, les classifier mais prendre son temps, observer, juguler l’impatience dans une misérable gare routière dans l’attente d’un bus qui ne vient pas, changer de rythme de vie. Ce pourrait paraitre frustrant de se dire qu’on a pas pu faire la vallée des temples d’Agrigente, qu’on ne la connaîtra toujours que de nom, en image mais avoir pris le tortillard pour descendre dans une gare déserte, grimpé à pied le long d’une route à pas disons raisonnables, d’ailleurs emporté par l’élan au retour manqué prendre le mauvais embranchement pour se retrouver sur la bretelle d’accès à l’autoroute ; bref après une attente, de la fatigue et quelques déboires de moindre importance le spectacle d’un temple blond solitaire sur son escarpement vert coupe ce qui reste de souffle.
L’émotion était là, tapie sournoise à l’orée d’un virage.
Bien sûr je maîtrise les contraintes de mon métier de touriste : dégainer l’appareil photo, traquer la bonne lumière, l’angle favorable, engranger pour la mémoire de l’écran des instants qui seront figés mais gare à ne pas reléguer l’émotion derrière l’objectif, de toute façon comme son nom l’indique il reste en dehors du coup. Il faut apprendre à ranger l’appareil, voire subtilement à l’oublier à l’hôtel pour s’obliger à regarder, à fixer dans la mémoire les cannelures verticales de ces temps à jamais révolus. Segeste est un témoignage de l’opportunisme politique, projeté, initié en l’honneur de la déesse Athéna pour s’allier les bonnes grâces de la puissante Athènes contre , aîe, contre qui déjà ? Les cathaginois probablement qui avaient l’oeil posé sur la perle sicilienne. Les habitants de la cité de Segeste, des Elymes, peut être troyens, venus d’Asie Mineure ; ou bien ligures, celtes descendus du nord ; cherchent des alliés contre leur voisine Selinonte qui leur taille des croupières. L’alliance athénienne ne durera pas le temps d’achever le temple. Segeste n’est pas un temple en ruine mais l’ébauche d’un temple.
La cité de Segeste sera perdante au bout du compte, se fera dévorer par Syracuse, alliée à Sélinonte, aux carthaginois. Le temple sur l’escarpement témoigne paisiblement des renversements de l’histoire. Au fond de la vallée coule un de ces fleuves sicilien mutilé par les hommes. Il murmure plus qu’il ne rugit, une forêt verte épineuse méditerranéenne grimpe sur les flancs des collines, le soleil est fidèle au rendez vous. Le charme agit. Tout est réuni pour rêver. Segeste, temple qui ne servait à rien n’a pas été démonté. Bien sûr on en a pris quelques pierres et puis on l’a aussi restauré dès le XVIIIème siècle. Aujourd’hui encore il s’offre à mon admiration. Quelle chance merveilleuse !

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mar 06 2010

Marché

Published by Marie-Andrée under la ville

Après des jours d’enfermement le ciel semblait très bleu ce matin, si bleu que j’ai décidé de pointer mon nez dehors pour un petit tour au marché. Et voici avec cet avant première printanière revenir les artichauts. Des artichauts mais pas n’importe quels artichauts car j’ai découvert ici de petits artichauts affreusement piquants, agressifs voire teigneux qui tachent de préserver leur tendre primeur. Et puis j’ai aussi découvert que l’intérieur des tiges d’artichauts était plus tendre que le coeur, comme la joue du poissonnet ruisselant en est la meilleure part. Mais ceux là, les teigneux, qui bien épluchés se mangent crus avec une sauce relevée aux anchois ont des concurrents romains d’une rondeur, d’une douceur toute opposée, des romains que l’on achète juste pour le plaisir de les tenir en main. aux teintes délicates étalée sur une palette allant du gris au vert le plus profond, voire par un détour Véronèse pour les plus audacieux. Bien sûr l’artichaut de Bretagne majestueux au coeur large et généreux qui vous noie sous l’avalanche de ses feuilles dures dont on suce la base, laissant dégouliner la sauce jusqu’aux coudes règne sur la famille comme un patriarche. De celui là les vendeurs turcs remplissaient des camions et passaient dans les rues, faisant voler les feuilles avant de plonger les grands coeurs tout ronds dans des bassines d’eau citronnées.
Et voilà ! D’un artichaut l’autre se rembobine le fil de la mémoire.

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mar 06 2010

A la Scala

Published by Marie-Andrée under la ville

A la Scala il faut venir habillé, petite robe noire de préférence
A la Scala j’étais aujourd’hui tout en haut, merci les enfants pour vos jumelles
A la Scala les ouvreurs ont des chaînes sur leurs habits noirs mais ne sont pas punks pour autant
A la Scala il ne faut pas tousser, alors ce soir j’avais bu double dose de sirop, emporté des pastilles auti toux, de l’eau et des mouchoirs.
A la Scala je suis allée voir un spectacle d’opéra. Janacek avec un titre à faire froid dans le dos ; de la maison des morts d’après Dostoïevski.
A la Scala j’en ai pris plein les oreilles parce que toujours le spectacle y est magnifique. La musique était extraordinairement belle. (je m’offrirai le CD)
A la Scala on jouait ce soir le dernier opéra de Janacek. Il faut vraiment avoir du coffre pour ne pas se laisser dominer par les instruments.
A la Scala les chanteurs avaient du coffre mais pas seulement on les a même vu tout nus à un moment. il n’y a pas de voix de femmes dans cet opéra.
A la Scala pour suivre la traduction en italien ou en anglais du texte chanté en tchèque il y a de petits écrans électroniques devant chaque siège même tout en haut dans les galeries.
A la Scala on ne dit pas bravo mais Bravi ; est ce que les espagnols crient oli au lieu de olé à la vraie corrida de là bas ?
Avant la Scala moi je croyais que tous les opéras étaient sur le même modèle. J’en avais vu en Roumanie, en Bulgarie et même en Turquie mais c’était pas tout à fait pareil.
Après la Scala je bois mon cacao et je m’endors sans tousser. (ou presque)
J’ai bien envie l’an prochain de m’offrir un abonnement pour toute la saison avec mes amis du loggione, les puristes.

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mar 05 2010

8 mars 2010

Published by Marie-Andrée under la ville

Et bien vous l’aurez compris cette année la journée de la femme sera dédiée à Mathilde de Canossa ! Il en va ainsi de mes admirations, à Henri IV le teuton, au Pape Grégoire VII Je préfère la comtesse Mathilde parce que dans le monde du moyen âge, l’an mille n’était pas forcément féministe. Georges Duby a bien écrit le chevalier la femme et le prêtre mais bon la femme ce n’était surtout que la reproductrice de la mâle lignée.
Là pas de chance, des trois enfants de Boniface, marquis de Toscane, seule Mathilde passera le cap de la petite enfance. Et comme son père lui non plus ne vivra pas vieux (assassiné) c’est avec sa mère Béatrice que Mathilde va affronter son destin. D’abord elle la marie au fils de son nouvel époux, un baron lorrain pas très vaillant, bossu de surcroît qui lui donnera une fillette qui ne vivra que quelques mois. La Lorraine et Geoffroy (petit bossu et goîtreux que de charmes !) ennuient Mathilde qui retourne chez sa mère en Toscane inspecter les terres dont elle est la seule héritière. Entre Nancy et Florence, y a pas photo. On ne sait pas trop ce qu’en pense Geoffroy car de fait on s’en fiche parce que Mathilde va alors prendre les rênes et gouverner ses territoires, en renforcer la défense contre l’ennemi germanique et s’ériger en chevalier de la papauté. Comme des perles à un collier les castels vont s’ériger d’une colline l’autre, en contact visuel pour se transmettre les informations avant les moulins des chouans, le télégraphe Chappe. L’internet de l’an mil a plaisanté justement le guide.
Et puis comme elle a bel appétit Mathilde elle agrandit ses territoires. Bien sûr ce sont des années de lutte contre l’empereur où les déboires alternent aux succès (7 ans de guerre avant qu’Henri ne repasse les Alpes). Mais jamais elle ne sera brisée. Elle tentera même de se remarier avec le fils de l’un des ennemis d’Henri, nouvel échec matrimonial elle renvoie le gamin chez sa mère. Elle n’a pas besoin d’homme pour lui dicter ce qu’elle a à faire pour administrer son demi royaume qui comprend presque toute l’Italie du nord. Henri V (le successeur du IV de Canossa) finira par faire d’elle la vice-reine d’Italie lors de l’un de ces communs renversement d’alliance, de pose et de dépose de Pape. Bref une sacrée bonne femme. Sûr que son héritage avait de quoi faire saliver puisqu’elle n’avait pas d’enfant. Elle a adopté le descendant de fidèles alliés et puis finalement s’est ravisée et a tout donné à la papauté.
Reconnaissance tardive des Papes c’est le tombeau érigé par le Bernin quelques siècles plus tard. Les os de Mathilde reposent à St Pierre de Rome ce n’est que justice.

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mar 01 2010

Henri

Published by Marie-Andrée under la ville

La comtesse Mathilde est droite sur son cheval, très droite en robe rouge et fière, fière de son sang, de sa race, de sa puissance. Le cheval a la jambe droite levée pour un nouveau pas vers l’avant, vers la victoire. Est ce que Mathilde ne règne pas sur un territoire immense du lac de Garde à la douce Toscane ? Est ce que de ses châteaux de pierre dans ces Appenin qui déjà savaient résister aux romains elle n’a pas défié l’empereur Henri IV avide de mettre sous sa loi l’Italie du Nord. Elle a si bien fait obstacle à ses ambitions qu’il a dû rester trois jours aux pieds de la grande porte du château de Canossa, trois jours en sandales de cuir et en chemise à attendre le bon vouloir du Pape. Trois jours en sandales dans la neige. Il faut comprendre Henri, sa belle constance, ce devait être bien contrariant d’être excommunié dans ces temps là. Trois jours, en plein hiver, fin janvier dans les montagnes. Il fait rudement froid dans les Appenins en janvier (en février aussi je confirme). En sandales en chemise alors que le Pape Grégoire VII , ses mains gantées tendues au-dessus du braséro, se moque de le voir trembler de froid, (hé oui le guide l’a montré pas de cheminée dans ces châteaux). Sur les tableaux il reste beaucoup d’orgueil à Henri malgré sa chemise et ses sandales posées sur la pierre enneigée. Il n’a pas la mine désespérée des pénitents ordinaires, des vaincus de l’histoire. Il implore son pardon certes mais on sent bien qu’il se dit que ce n’est qu’une mauvaise potion à avaler. Il préférerait certes du bouillon chaud ou même un coup de “grappa” pour tenir là devant cette porte de bois épaisse, l’histoire ne parle pas de jeûne. Combien de fois en trois jours n’a-t-il pas dû rêver de faire sauter cette porte, jeter ses reîtres à l’intérieur pour massacrer ceux qui là dedans se rient de son impuissance et le font languir ? Ce devait être cela qui lui permettait de ne pas sentir la bise glacée des Appenins lui glacer les membres sous sa chemise, la rage, la rage pure. Pour parvenir là et contraindre le Pape à lever son excommunication Henri a déjà traversé les Alpes par le Mont Cenis en pleine hiver guidé par les montagnards dans la neige et le froid. Il n’a pas d’autre choix. Si c’est le Pape qui arrive en Allemagne il sera déposé par les princes allemands qui choisiront un autre empereur. Lors il attend et Grégoire est bien obligé de céder sachant que l’empereur aura vite fait de reprendre sa parole pour relancer cette querelle des investitures et jeter ses troupes sur l’Italie. En apparence Grégoire est le vainqueur et fera résonner jusqu’à nos jours cette humiliation du temporel devant le spirituel, on va toujours à Canossa mais au vrai ce sera insuffisant. L’humiliation d’Henri a payé quand la maudite porte de bois s’est enfin ouverte. Tant de souverains auraient pu méditer la leçon au fil des siècles, plier quand tout est contre vous, ne pas s’obstiner. Et si Napoléon avait oublié Moscou ? Il devait être plus frileux qu’Henri.

L’année qui suivra Henri ne manquera d’envoyer ses troupes infliger une leçon à l’orgueilleuse Mathilde. Mais il n’avait rien compris aux Appenins à ce qui liait Mathilde à sa terre parce que ses hommes sont alors piégés par le brouillard et rossés d’importance par ceux de Mathilde. Il y aura d’autres combats Mathilde ne sera pas toujours victorieuse mais l’histoire ne retiendra que cet épisode ; l’humiliation de Canossa.

Dehors Henri ses cheveux aux vent, sa chemise et ses sandales et dedans au chaud les autres. J’avoue que malgré mon admiration pour Mathilde sur laquelle je reviendrai la toute récente expérience d’une cruelle bronchite attrapée sur la tour d’un autre château de Mathilde en février me porte à un sentiment d’égale admiration pour la résistance de l’empereur. Il n’est même pas rentré à la maison avec un rhume. C’est pô juste.

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