Archive for avril, 2010

avr 23 2010

vers le sud

Published by Marie-Andrée under la ville

Nous quittons Istanbul par le bus dans la nuit déjà tombée. Nous longeons longuement la Marmara remplie d’une multitude de cargos de toute sorte, petits et moyens pas de super tanker dans le Bosphore. Il y a quelques années l’incendie d’un pétrolier russe menaça la ville d’une terrible catastrophe, alors à présent il y a un sens de circulation six heures dans un sens puis dans l’autre et des centaines de cargos attendant leur tour tournant sur leurs amarres au fil du vent et du courant. S’il fallait en chercher un j’imagine qu’il faudrait pointer une à une les petites taches de “google earth” et encore … Ce que nous ne verrons pas ce soir là c’est le ruban joliment coloré des milliers de tulipes en rangs (d’oignons) bien serrés sur le terre plein de l’autoroute qui mène jusqu’à l’aéroport.
Pas de touristes au domestic departures et d’ors et déjà nous nous accoutumons à être les seuls de notre race pour notre séjour dans le grand sud turc, car c’est bien l’orient qui nous attend sur cette piste d’aéroport avec un seul avion posé en sus du notre, une piste poussiéreuse, un aérogare qui rivaliserait à peine avec celui de Roanne dans sa période faste ; mais équipé de deux postes de vérification des bagages et passagers car s’il est bien une chose qui n’amuse pas les turcs c’est la sécurité, alors bon an mal an on gagne sa place dans l’avion en tachant de ne pas marcher sur ses lacets dénoués, tenant son pantalon d’une main la ceinture dans l’autre, les produits de maquillage dans le sachet de rigueur, l’ordinateur allumé puis éteint devant l’oeil consciencieux du policier de service, etc.. Rien n’échappe à leur vigilance attirée par mes jumelles. J’ai vu au moins trois personnes passer avec le policier derrière le rideau pour vérifier peut être ce qu’ils avaient dans le pantalon ou leurs prothèses métalliques. Donc s’ils ont laissé passer le gros velu c’est qu’il n’est pas dangereux malgré sa fourrure, de la moquette à poils longs. Pourtant il pourrait fort bien se muer brusquement en loup garoup pendant le vol et dévorer le pilote.
Sur les lignes de la Turkish on mange, c’est devenu exceptionnel dans notre monde easyjet et même sur les moyennes distances on a le choix entre deux menus. Incroyable.

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avr 22 2010

Et si on commençait par la fin ?

Published by Marie-Andrée under hors les murs

Car Istanbul c’est Constantinople, c’est le début et la fin du voyage, alors quelques notes à la volée alors que j’avais le coeur lourd d’avoir vu repartir Benjamin dans son beau bus Havas. On dit à vache quand on cause le turc. En promenade depuis Taksim, j’ai pris tout d’abord le petit tram rétro d’Istiklal puis le tunnel et sa “ficelle” à la lyonnaise avant de traverser le pont de Galata à pied.
Ce mardi le soleil encore bien timide sort par instant des nuages gris qui masquent un ciel d’Istanbul bien boudeur alors qu’il faisait si chaud pour notre bain dans le sud moyen oriental. Assise sur un banc au pied de la “yeni camii” j’écoute les conversations sans rien comprendre sinon saisir parfois un mot qui se met à surnager tirant ça et là un petit fil de l’écheveau de la mémoire. La mienne est brouillonne comme le bruit ambiant : klaxons, moteurs, sirènes des bateaux, cris des mouettes, appels des petits vendeurs de presque rien. Confusion de sons, confusion de saveurs et d’odeurs. Les tulipes, lale, symboles de la Turquie sont à l’honneur à Istanbul, c’est la fête de la tulipe, 15.000.000 de bulbes plantés de partout par la mairie et importés de Hollande car on ne cultive plus la tulipe en quantité suffisante dans le pays. Lale, on la trouve représentée sur les faïences traditionnelles d’Iznik.
Tiens la Turquie a changé, elle ne fume plus dans les lieux publics, dans les restaurants ou hôtels. Elle fume dans la rue mais sans les attroupements que l’on voit devant les cafés en Italie par exemple. Magie d’un état policé (policier ?). peuple discipliné par la force publique, ha l’Europe certains doivent la maudire. Pauvres turcs, cette fois ne leur reste que le çay comme exutoire.
Je repars mais il me fallait bien ce temps de repos et deux çay après la visite du quartier des quincaillers, boueux, peu passionnant avec ses théories de robinets et ses cordes pour la marine, trompée par une fourbe indication lue dans le guide. J’ai rien vu et je sentais bien la curiosité des vendeurs pour cette touriste égarée dans un coin sans femmes non plus. Certes je n’étais pas à ma place et pour me consoler de ma déconvenue j’ai pris le chemin du grand bazar rêver devant les bijouteries.
Et plus tard après une rude montée dans ce quartier si populeux aux mille boutiques je repose mes pieds usés (qu’est ce que je souffre des pieds !) devant un nouveau çay, oui on risque aussi l’addiction je confirme. Que de belles occasions de dépenses pour tous les mauvais goûts. J’hésite entre un gros bracelet en argent ou un GROS pendentif. Mais je me sens épuisée d’avoir à négocier devant le vendeur qui dégaine la calculette magique, à gros chiffres, qui affiche les prix, les baisse, les change en euros pour faire croire que c’est moins cher que ce qu’on croyait.
Tiens un tout petit qui fait une belle tentative de fuite, mais il ne devrait pas hurler si fort devant son père qui s’épuise à le poursuivre. Le voilà capturé, embarqué, ficelé dans la poussette sous les rires des vendeurs. Non mais, c’est beau l’autorité paternelle, voilà la mère, le petit hurle de plus belle gigote et se débat. Il ne va se calmer qu’au sein à l’abri dans le café, chacun sa tasse de çay.
Attaque par la droite de l’Empire sous forme de trois corbeaux, mais maître yoda, tapi dans une boutique les fait s’égailler dans un grand frou frou d’ébène avec des croassements indignés.
Les pancartes d’interdiction de fumer ont fleuri comme les tulipes jusqu’au coeur du grand bazar mais dans un coin je vois bien un vieux récalcitrant qui tire sur son bout de poison.
A présent c’est un aveugle qui pousse une balance sur un chariot à roulettes, des fois que ça nous prendrait là, d’un coup, comme une urgence vitale, l’envie de savoir si on a grossi entre deux çay.
Le grand bazar scintille de mille feux. j’ai craqué. Tant pis. C’est le faste qui perdit Constantinople. Le désir et l’envie qui rongeait le coeur des barbares ont détruit la ville qui se venge en plumant les barbares.

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