nov 06 2009
Palerme jour 1
Ouf le soleil est revenu au moment où j’ouvre les yeux après une nuit assez mouvementée. Aucun problème pour arriver à l’hôtel, un taxi m’y a conduite à l’arrivée du bus. Il est sis au fond d’une grande cour dans un palais ancien aux planchers qui craquent. L’ odeur de moisi, assez légère me ramène en mémoire certains hôtels de Roumanie décatis avant l’heure, mais à l’inverse la chambre est très propre, un brin monacale mais les sanitaires tout neufs.
Seulement à l’instant où je me détends enfin entre les draps un claquement dans la nuit me fait ouvrir grand les mirettes. Un volet poussé par le vent ? Mais un second, puis un troisième coup, à des intervalles divers insinuent un certain doute. Déjà dans le bus de l’aéroport je croyais entendre le parrain donner des instructions par téléphone en sicilien de sa voix rauque (un pauvre vieux enroué quoi !). Au quatrième claquement je me lève et à quatre pattes je vais glisser un oeil sur la ruelle tranquille. Hum trop tranquille peut être, car soudain deux autres coups en rafale cette fois. Pas de doute quelque part, pas très loin on se tire dessus. Je file au lit. Silence ! Je n’ai rien vu.
Tôt le matin, agitation dans la ruelle, des moteurs, des exclamations. C’est le marché qui s’installe. Il a encore plu à verse un peu plus tôt mais c’est fini. L’optimisme revient et je me lance à l’assaut de la cité. Je marche par les rues, je descends au port, remonte par la place où se tient le marché des antiquaires avec un jardin où poussent des banians, sortes de figuiers avec des racines aériennes, vieux de dizaines d’années, extraordinaires. La flore est particulière sur cette île.
Ruelles de Palerme, la décrépitude des immeubles et pourtant c’est moins sinistre qu’en Roumanie, la faute au soleil ? Un canari s’époumone en chant d’amour sur un balcon chargé de plantes vertes, du linge pend immaculé. Comme d’habitude ma bille de clown fait rigoler le bébé qui s’agite dans la poussette à côté de moi. je suis fatiguée d’avoir erré dans les rues toute la matinée. C’est dimanche, la ville tourne au ralenti. J’ai très bien mangé dans un petit restaurant de la Vucciria ; la totale ; anti pasti, primo, secondo et roulez jeunesse ! Les antipasti choisis en cuisine, légumes préparés variés et délicieux, les spaghetti “alla navale”, les sardines grillées, le tout accompagné d’un petit blanc sicilien doré, gorgé de soleil. J’avoue je suis un peu pleine et je ferai bien la sieste.
Au café où je suis assise un moment plus tard le garçon ne vient pas prendre ma commande, tant pis, je n’ai pas le courage de bouger. Un moustique incroyablement audacieux m’a piqué entre deux doigts. J’y reviendrai aux nuisibles, un chapitre à ne pas manquer. Intriguée par mon petit carnet ma voisine se penche pour me demander ce que je fais, puis elle se présente, me présente sa copine qui s’appelle Maria comme moi, ça les amuse. Elle c’est Livia. On sympathise. Elles descendent leurs bières sans frémir, discutent si fort que je me demande si les balcons en face vont résister à de tels éclats de voix. Elle m’entraîne avec Maria à l’intérieur du petit troquet dans une salle bien sombre voir la “partita di calcio”. On est dimanche après midi et Palerme reçoit l’Udinese. 1ère mi temps dans la salle sombre. Elle m’offre de partager un joint mais je préfère en rester à mon café. Ce n’est pas de mon âge ces sottises là et puis déjà que la fumée de cigarette me fait tousser ! Finalement c’est un moment de sieste dans une semi obscurité (Non, personne ne m’a fait les poches) J’ai pas dormi mais je me sens reposée à l’entracte, non le temps de repos des joueurs entre deux mi temps, je ne sais plus comment on dit. Je m’en vais arpenter de nouveau les ruelles après avoir salué tout le monde. Je suis invitée à revenir bien sûr.
Le matin j’ai visité le palais Chiaramonte (Clermont ?), édifié par cette famille d’origine franque en 1320. A la décapitation de Manfred, en 1392, le palais devient résidence du vice roi espagnol puis au 16 ème siècle, le siège de l’inquisition engendrée dans les flancs des navires espagnols et déversée sur la Sicile qui n’en demandait pas tant, habituée à un mélange de toutes professions de foi depuis la conquête normande et l’éclat des Roger et des Guillaume. Dans une salle qui servait , on ne sait pas trop si c’était de geôle ou de tribunal, puisque à la fin du règne de l’inquisition tous les documents sont partis en fumée, chacun son tour de faire un autodafé n’est ce pas ? Bref dans cette salle au mur une fresque assez naïve représente une place de Palerme, dominée par une lune en croissant qui devrait se voiler la face car une fois suppliciés les coupables étaient suspendus autour de la place à des crocs de bouchers.
Dans ce palais, de nos jours siège du rectorat, le peintre Guttuso a fait don d’une toile qui représente le marché fameux de la Vucciria, une toile carrée de 3M sur 3M. Splendide éclatement de couleurs, une toile dont le sujet peut signifier la réconciliation du peuple de Palerme avec le palais, pour oublier les siècles noirs de l’inquisition. L’écrivain Andrea Camilleri ( le père de Montalbano) a écrit un récit s’inspirant de ce tableau. Il m’a fallu faire bon nombre de librairies à Palerme pour le trouver.
Le palais a une cour carrée superbe et dans la salle de réception le plafond de poutres de bois apparente est entièrement peint comme un livre d’images de scènes tirées aussi bien de la mythologie que de l’histoire sainte ou de l’histoire comme la prise de Jérusalem par les croisés. On voit des licornes, des miracles, Tristan et Iseult, le jugement de Salomon… Les juges de l’inquisition avaient fait voiler ce merveilleux plafond de noir mais “Deo gratias” ne l’ont pas détruit. La guide qui me fait visiter, je suis seule, me parle dans un merveilleux français teinté de moults italianismes puis nous passons ensuite à l’italien et elle me demande puisque je suis professeur quelle note je lui mettrais pour son niveau de français. Je lui vote l’excellence bien sûr. Elle est si gentille. Je lui ai juste appris qu’on disait Ferdinand 3 et non Ferdinand le troisième. Je n’ai pas osé lui demander ma propre note en italien. C’est un usager d’autobus terriblement bavard qui, après m’avoir décrit minutieusement tout ce que je devais voir en ville, m’a gentiment dit que je parlais si bien italien que je devrais postuler pour le concours de professeur de franças. Je pourrais ensuite trouver du travail dans un lycée de Palerme. En fait je ne réussissais pas à placer une phrase complète tant il était bavard. Il était content de trouver un de ces touristes étrangers qui le comprenait sans qu’il ne doive tout répéter avec force gestuelle.
ça a l’air sympa de voyager en Italie : tu parles à plein de monde !