mar 01 2010
Henri
La comtesse Mathilde est droite sur son cheval, très droite en robe rouge et fière, fière de son sang, de sa race, de sa puissance. Le cheval a la jambe droite levée pour un nouveau pas vers l’avant, vers la victoire. Est ce que Mathilde ne règne pas sur un territoire immense du lac de Garde à la douce Toscane ? Est ce que de ses châteaux de pierre dans ces Appenin qui déjà savaient résister aux romains elle n’a pas défié l’empereur Henri IV avide de mettre sous sa loi l’Italie du Nord. Elle a si bien fait obstacle à ses ambitions qu’il a dû rester trois jours aux pieds de la grande porte du château de Canossa, trois jours en sandales de cuir et en chemise à attendre le bon vouloir du Pape. Trois jours en sandales dans la neige. Il faut comprendre Henri, sa belle constance, ce devait être bien contrariant d’être excommunié dans ces temps là. Trois jours, en plein hiver, fin janvier dans les montagnes. Il fait rudement froid dans les Appenins en janvier (en février aussi je confirme). En sandales en chemise alors que le Pape Grégoire VII , ses mains gantées tendues au-dessus du braséro, se moque de le voir trembler de froid, (hé oui le guide l’a montré pas de cheminée dans ces châteaux). Sur les tableaux il reste beaucoup d’orgueil à Henri malgré sa chemise et ses sandales posées sur la pierre enneigée. Il n’a pas la mine désespérée des pénitents ordinaires, des vaincus de l’histoire. Il implore son pardon certes mais on sent bien qu’il se dit que ce n’est qu’une mauvaise potion à avaler. Il préférerait certes du bouillon chaud ou même un coup de “grappa” pour tenir là devant cette porte de bois épaisse, l’histoire ne parle pas de jeûne. Combien de fois en trois jours n’a-t-il pas dû rêver de faire sauter cette porte, jeter ses reîtres à l’intérieur pour massacrer ceux qui là dedans se rient de son impuissance et le font languir ? Ce devait être cela qui lui permettait de ne pas sentir la bise glacée des Appenins lui glacer les membres sous sa chemise, la rage, la rage pure. Pour parvenir là et contraindre le Pape à lever son excommunication Henri a déjà traversé les Alpes par le Mont Cenis en pleine hiver guidé par les montagnards dans la neige et le froid. Il n’a pas d’autre choix. Si c’est le Pape qui arrive en Allemagne il sera déposé par les princes allemands qui choisiront un autre empereur. Lors il attend et Grégoire est bien obligé de céder sachant que l’empereur aura vite fait de reprendre sa parole pour relancer cette querelle des investitures et jeter ses troupes sur l’Italie. En apparence Grégoire est le vainqueur et fera résonner jusqu’à nos jours cette humiliation du temporel devant le spirituel, on va toujours à Canossa mais au vrai ce sera insuffisant. L’humiliation d’Henri a payé quand la maudite porte de bois s’est enfin ouverte. Tant de souverains auraient pu méditer la leçon au fil des siècles, plier quand tout est contre vous, ne pas s’obstiner. Et si Napoléon avait oublié Moscou ? Il devait être plus frileux qu’Henri.
L’année qui suivra Henri ne manquera d’envoyer ses troupes infliger une leçon à l’orgueilleuse Mathilde. Mais il n’avait rien compris aux Appenins à ce qui liait Mathilde à sa terre parce que ses hommes sont alors piégés par le brouillard et rossés d’importance par ceux de Mathilde. Il y aura d’autres combats Mathilde ne sera pas toujours victorieuse mais l’histoire ne retiendra que cet épisode ; l’humiliation de Canossa.
Dehors Henri ses cheveux aux vent, sa chemise et ses sandales et dedans au chaud les autres. J’avoue que malgré mon admiration pour Mathilde sur laquelle je reviendrai la toute récente expérience d’une cruelle bronchite attrapée sur la tour d’un autre château de Mathilde en février me porte à un sentiment d’égale admiration pour la résistance de l’empereur. Il n’est même pas rentré à la maison avec un rhume. C’est pô juste.