avr 22 2010
Et si on commençait par la fin ?
Car Istanbul c’est Constantinople, c’est le début et la fin du voyage, alors quelques notes à la volée alors que j’avais le coeur lourd d’avoir vu repartir Benjamin dans son beau bus Havas. On dit à vache quand on cause le turc. En promenade depuis Taksim, j’ai pris tout d’abord le petit tram rétro d’Istiklal puis le tunnel et sa “ficelle” à la lyonnaise avant de traverser le pont de Galata à pied.
Ce mardi le soleil encore bien timide sort par instant des nuages gris qui masquent un ciel d’Istanbul bien boudeur alors qu’il faisait si chaud pour notre bain dans le sud moyen oriental. Assise sur un banc au pied de la “yeni camii” j’écoute les conversations sans rien comprendre sinon saisir parfois un mot qui se met à surnager tirant ça et là un petit fil de l’écheveau de la mémoire. La mienne est brouillonne comme le bruit ambiant : klaxons, moteurs, sirènes des bateaux, cris des mouettes, appels des petits vendeurs de presque rien. Confusion de sons, confusion de saveurs et d’odeurs. Les tulipes, lale, symboles de la Turquie sont à l’honneur à Istanbul, c’est la fête de la tulipe, 15.000.000 de bulbes plantés de partout par la mairie et importés de Hollande car on ne cultive plus la tulipe en quantité suffisante dans le pays. Lale, on la trouve représentée sur les faïences traditionnelles d’Iznik.
Tiens la Turquie a changé, elle ne fume plus dans les lieux publics, dans les restaurants ou hôtels. Elle fume dans la rue mais sans les attroupements que l’on voit devant les cafés en Italie par exemple. Magie d’un état policé (policier ?). peuple discipliné par la force publique, ha l’Europe certains doivent la maudire. Pauvres turcs, cette fois ne leur reste que le çay comme exutoire.
Je repars mais il me fallait bien ce temps de repos et deux çay après la visite du quartier des quincaillers, boueux, peu passionnant avec ses théories de robinets et ses cordes pour la marine, trompée par une fourbe indication lue dans le guide. J’ai rien vu et je sentais bien la curiosité des vendeurs pour cette touriste égarée dans un coin sans femmes non plus. Certes je n’étais pas à ma place et pour me consoler de ma déconvenue j’ai pris le chemin du grand bazar rêver devant les bijouteries.
Et plus tard après une rude montée dans ce quartier si populeux aux mille boutiques je repose mes pieds usés (qu’est ce que je souffre des pieds !) devant un nouveau çay, oui on risque aussi l’addiction je confirme. Que de belles occasions de dépenses pour tous les mauvais goûts. J’hésite entre un gros bracelet en argent ou un GROS pendentif. Mais je me sens épuisée d’avoir à négocier devant le vendeur qui dégaine la calculette magique, à gros chiffres, qui affiche les prix, les baisse, les change en euros pour faire croire que c’est moins cher que ce qu’on croyait.
Tiens un tout petit qui fait une belle tentative de fuite, mais il ne devrait pas hurler si fort devant son père qui s’épuise à le poursuivre. Le voilà capturé, embarqué, ficelé dans la poussette sous les rires des vendeurs. Non mais, c’est beau l’autorité paternelle, voilà la mère, le petit hurle de plus belle gigote et se débat. Il ne va se calmer qu’au sein à l’abri dans le café, chacun sa tasse de çay.
Attaque par la droite de l’Empire sous forme de trois corbeaux, mais maître yoda, tapi dans une boutique les fait s’égailler dans un grand frou frou d’ébène avec des croassements indignés.
Les pancartes d’interdiction de fumer ont fleuri comme les tulipes jusqu’au coeur du grand bazar mais dans un coin je vois bien un vieux récalcitrant qui tire sur son bout de poison.
A présent c’est un aveugle qui pousse une balance sur un chariot à roulettes, des fois que ça nous prendrait là, d’un coup, comme une urgence vitale, l’envie de savoir si on a grossi entre deux çay.
Le grand bazar scintille de mille feux. j’ai craqué. Tant pis. C’est le faste qui perdit Constantinople. Le désir et l’envie qui rongeait le coeur des barbares ont détruit la ville qui se venge en plumant les barbares.
Peut-on savoir ce qu’est un çay ? une boisson , un cigare , un moyen de transport , un bijou , un corbeau ,un cheval Je ne çay à moins que ce ne soir un g à la place du ç et là on sait tout .Bien noté ,on s’y croirait .Bisous Ta moman !
Un cay est tout simplement du thé !